Ma Loute

On avait adoré le lancer de crabes de P’tit Quinquin, beaucoup moins le parc à huîtres de Ma Loute. Il est vrai qu’ici, elles sont pratiquement toutes avariées, comme l’humour redondant de Bruno Dumont qui aurait sincèrement dû passer à autre chose après son époustouflant pas de côté d’il y a deux ans dans le polar croquignolesque.

Ainsi se retrouve-t-on embarqué dans une nouvelle enquête sans queue ni tête menée par un tandem d’inspecteurs bringuebalés au gré d’étranges disparitions. Les victimes, à présent, ne sont plus farcies dans des panses de vache mais passent directement à la marmite au gré des pulsions anthropophages d’une famille de pêcheurs-ostréiculteurs.

Là où le propos de Bruno Dumont se veut plus ambitieux, c’est qu’à cette panoplie de dégénérés où son vivier nordiste puise complaisamment (à contrario de la tendresse et de l’empathie dont regorgeait P’tit Quinquin...) fait désormais écho une smala de bourgeois débiles et consanguins déboulant en villégiature sur la côte d’Opale durant l’été 1910.

Résultat: une alchimie prétentieuse sur le thème éculé « riches, pauvres: tous pourris ». Aux acteurs non-professionnels -marque de fabrique du cinéaste- se mêlent Fabrice Luchini, Valeria Bruni-Tedeschi et Juliette Binoche. L’idée consistant à « casser » leur jeu sous couvert d’outrance fonctionne tant bien que mal avec Juliette Binoche dans la peau d’une diva insupportable. Le pire survient, en revanche, avec Luchini. Dépouillé de l’aura volubile qu’on lui connaît et qu’il tente de compenser au travers d’une série de grimaces surplombant une démarche à la Aldo Maccione, le comédien ne s’est jamais montré aussi affligeant.

Tout en surcharge pondérale, tel l’avatar ventripotent de Laurel et Hardy dont les roulés-boulés ne font rire que le réalisateur, Ma Loute échoue également sur le terrain de l’émotion. La tentative de romance transgenre entre la garçonne du clan bourgeois et l’aîné de la famille de pêcheurs n’a pas une once de vitalité. Des décors de carte postale nous aident, dés lors, à passer le temps.

Ma Loute, Bruno Dumont, sélection officielle au festival de Cannes (Le film est sorti en salles vendredi)




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