Café Society

Ne lui demandez pas le scénario du siècle. Lorsqu’il s’agit de swinguer avec malice et spleen, Woody Allen n’en a pas forcément besoin. Ce qui met, justement, son Café Society au dessus de la moyenne, contrairement à plusieurs de ses derniers films, c’est ce cocktail réussi entre légèreté et gravité, à l’instar du duo Rodgers & Hart dont la B.O. s’abreuve à grandes gorgées.

À commencer par une sublime version de I Didn’t Know What Time It Was par Benny Goodman. Lorsque le ton est plus à la fête, c’est la voix savoureuse de Kat Edmonson qui réinvente le Jeepers Creepers de Louis Armstrong. Pour le reste, le film foisonne d’une humeur à l’autre, enchaînant bluette hollywoodienne sur fond d’années trente, tourbillon des nouveaux clubs new-yorkais à la mode, saga familiale juive et film de gangsters.

Ça va vite, rien n’est creusé mais qu’importe… Même lorsque le sang coule et que certains personnages connaissent une fin tragique, Woody Allen garde le sourire. La maman juive se désespère-t-elle parce que son fils a terminé truand ? C’est surtout sa conversion au catholicisme (« chez eux, au moins, il y a un paradis ! ») qui la met en rogne. « Je proteste contre le silence ! », s’exclame, de son côté, le patriarche de la famille qui n’en peut plus des vaines prières…

Et voilà comment, entre deux éclats de rire et sans prévenir, se met en place une mélancolie vintage qu’aucune pirouette, cette fois-ci, ne vient désamorcer. Ainsi en va-t-il de l’idylle entre le tendre et névrosé Jesse Eisenberg (qui, depuis To Rome With Love, met beaucoup de tendresse dans la névrose « allénienne »…) et Kristen Stewart, déplumée de son côté glamour pour crever l’écran, sexuellement parlant. Entre ces deux là, finalement, ce ne sera que des renoncements, du vent et des rêves, dans la lumière ouatée et l’odeur des feuilles mortes de Central Park.

Le chef-opérateur, Vittorio Storaro, fait des merveilles. Grain hivernal et désaturé dans le Bronx, assomption solaire sur la côte Ouest, intensité ocre et sensuelle du côté de Broadway… On est en pleine comédie romantique, mais une comédie romantique de luxe avec une palette picturale tout en écrins dorés. Dans ces instants là, franchement, il n’y a aucune raison de bouder son plaisir.

Café Society, Woody Allen, ouverture du festival de Cannes, sortie en salles ce 11 mai.




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