Dalton Trumbo

« Sos. Help me. Sos. Help me… » La voix intérieure d’un soldat amputé de ses membres irradie les écrans américains en 1970 lorsque Dalton Trumbo, scénariste blacklisté de Spartacus et Exodus, décide de porter à l’écran son propre livre, Johnny got his gun. Au manifeste anti-guerre se mêle l’odyssée d’une âme sans corps.

Lui aura été une âme sans nom. Victime emblématique du Maccarthysme après avoir refusé de témoigner devant la commission des activités anti-américaines, Dalton Trumbo multiplie les scénarios à sa sortie de prison, mais il n’a plus le droit de les signer. Et lorsqu’il reçoit l’Oscar à deux reprises, notamment pour Vacances romaines, de William Wyler, c’est devant la télé qu’il assiste à son triomphe.

Il faudra le courage de Kirk Douglas et d’Otto Preminger pour qu’il soit enfin crédité, faisant pâlir de rage les réacs d’Hollywood, à commencer par ce poltron de John Wayne (Séquence savoureuse où Trumbo lui fait remarquer qu’il est resté sagement sur les plateaux de tournage pendant la guerre). Mais que de drames avant d’en arriver là. Du destin tragique d’Arlen Hird (personnage fictif mais qui résume à lui seul ceux qu’on a appelé « les dix de Hollywood ») à la contrition d’Edward G.Robinson dénonçant ses camarades pour garder son boulot, c’est toute la bassesse de cette période -la plus sombre du cinéma américain- qui revit dans le biopic au panache rouge de Jay Roach.

Ce réalisateur, certes, n’est pas un cador de la mise en scène, mais il maîtrise à la perfection l’art du feel good politic movie sans pour autant caricaturer son personnage principal. Dalton Trumbo n’est pas un pur de chez les purs. Son style de vie bourgeois, son cynisme parfois mordant et son côté requin des studios (même s’il est contraint de s’en éloigner) en feraient plutôt un drôle de coco à l’ego envahissant, ce qui n’enlève rien à la force de ses convictions et de ses combats.

Le film a bien d’autres atouts: son montage astucieusement cadencé entre fiction et archives, la B.O. lustrée à souhait-on y entend même Billie Holiday- et surtout l’interprétation, à commencer par Mr Breaking Bad, alias Bryan Cranston, qui confère au personnage principal une saveur croustillante. Les comédiens qui incarnent Kirk Douglas et Otto Preminger sont tout aussi jubilatoires. Belles performances, également, de Louis C.K. dans le rôle d’Arlen Hird et Helen Mirren dans la (vieille)peau de cette sorcière d’Hedda Hopper, la commère en chef d’Hollywood. Le meilleur de la bande, c’est John Goodman en producteur-gorille de série Z. qui donne quand même sa chance à Trumbo malgré l’interdit professionnel. La séquence où il sort de ses gonds lorsqu’un freluquet dégarni des studios le menace de boycott s’il ne se débarrasse pas de Trumbo est particulièrement jouissive.

Dalton Trumbo, Jay Roach (Le film est sorti hier)




Les commentaires sont fermés.