Mariachi Plaza

« Tu devrais te mettre au golf, mec, je t’y emmènerai ! ». Quand l’un de ses ex-collègues lui propose de passer ses vieux jours entre clubs et caddies, Harry Bosch en a des sueurs froides. De toute façon, il n’a pas un seul short chez lui. Et pourtant, elle approche, la retraite. Dans Mariachi Plaza, le flic préféré de Michael Connelly entame sa dernière enquête la mort dans l’âme, résolu malgré tout à léguer son art -et notamment sa façon de jongler avec ce qui est légal et ce qui l’est un peu moins- à Lucia Sotto, sa nouvelle partenaire en matière d’affaires non élucidées.

Elle en veut, la jeune inspectrice latino. Et puis elle a un point commun avec Bosch. Comme lui, elle aime courir plusieurs lièvres à la fois et mettre son nez là où il ne faut pas. Surtout quand cela concerne son propre passé. L’incendie criminel d’une garderie clandestine bien vite catalogué comme un épisode de la guerre des gangs, un vol à main armée pratiquement au même moment… Le tandem met autant d’ardeur à élucider cet écheveau qu’à résoudre l’enquête de départ sur le destin tragique d’un mariachi (membre d’un orchestre de musique traditionnelle mexicaine) buté en plein cœur du barrio Est de Los Angeles.

Dans les deux cas -c’est Donald Trump qui ne va pas être content- les victimes sont des chicanos. Certains politiques n’ont pas non plus les mains propres et on en apprend de belles sur quelques suprémacistes blancs. Sauf que l’essentiel est ailleurs. Jamais Harry Botsch n’a autant assumé son côté old school. Il se comporte, d’ailleurs, comme le dernier des ringards avec sa fille, Maddie, jusqu’à vouloir surveiller son petit ami, tout en s’offrant des moments étrangement existentiels du côté de Mulholland Drive.

Et puis il n’en finit plus de regretter le bon vieil âge d’or. « Claviers d’ordinateurs et téléphones portables, tels étaient maintenant les outils essentiels de l’enquêteur moderne. Les inspecteurs s’installaient dans des fauteuils à douze cents dollars et portaient d’élégants souliers design à glands ». Bosch, au contraire, serait plutôt un adepte de la bonne vieille méthode « se bouger le cul et aller frapper aux portes » tout en se redonnant du tonus auprès de la vigoureuse ligne de contrebasse de Ron Carter.

On apprend aussi, au détour du récit, que si New-York a son Blue Note, Los Angeles peut être fière de sa « Baleine bleue », The Blue Whale. C’est dans cette antre du jazz au cœur de Little Tokyo que Harry Bosch découvre une saxophoniste et chanteuse d’origine coréenne du nom de Grace Kelly dont la sonorité lui rappelle celle de Frank Morgan, saxophoniste cher à Connelly et son éditeur français. Elle chante Over the Rainbow. C’est à la fois triste et plaintif, mais « sous-tendu par un espoir indéniable ».

Mariachi Plaza, Michael Connelly (Calmann-Lévy). En librairie le 4 mai. Coup de projecteur, le même jour (12h30), sur TSFJAZZ, avec l’éditeur et traducteur du livre, Robert Pépin.




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