Les Écrivains du 7e art

Il n’écrit pas à Transfuge par hasard. Fougueux pilier d’une revue dédiée aussi bien aux amoureux des livres qu’aux illuminés des salles obscures, Frédéric Mercier évoque d’autres « transfuges » dans Les Écrivains du 7e art, à savoir ces gens de lettres qui, abordant un script ou une mise en scène, ont tenté d’apprivoiser le langage des Lumière, de Méliès et d’Orson Welles.

Des noms surgissent tout de suite à l’esprit: Prévert, Cocteau, Guitry ou encore Marguerite Duras. Mais l’ami Frédéric s’en écarte. Aux valeurs sûres et déjà mille fois abordées, il préfère les écrivains dont les mots à l’écran sont peut-être moins voyants, si on peut s’exprimer ainsi, mais tout aussi parlants. Le creux du cœur, en somme, plutôt que le fond de l’encrier.

La « caméra voltigeuse » de Jean Giono lorsqu’il se libère de Pagnol, le romantisme désabusé de Roger Nimier signant les dialogues d’Ascenseur pour l’Échafaud, Romain Gary et son démentiel Les oiseaux vont mourir au Pérou qui, en plein printemps 68, annonce déjà le Nymphomaniac de Lars von Trier… Ceux là ont en commun un Graal de cinéma que les simples faiseurs ne peuvent comprendre, mais aussi une manière de se ressourcer ou de se réinventer au détour de ce que l’auteur appelle leur « pas de côté ».

Et puis un film n’est pas un livre. Quand Malraux écrit L’Espoir, il en fait une épopée. Lorsqu’il met en scène ce chef d’œuvre, c’est devenu le chant funèbre « spectaculaire et nu à la fois » des anti-franquistes bientôt vaincus. Il y a ceux qui n’ont pas été jusqu’au bout. Blaise Cendrars et René Char, entre autres, se sont heurtés aux obstacles du cinéma mué en machine et en industrie. Il y a celle qui a continué, avec le 7e art, à fuir la gravité et l’esprit de sérieux -superbe chapitre sur Françoise Sagan. Ceux, enfin, qui ont tenté de léguer à la postérité (facilement oublieuse, au demeurant) des « grands films malades », comme disait Truffaut, tentatives souvent douloureuses, toujours captivantes et poignantes, à l’instar du seul long-métrage réalisé à ce jour par Michel Houellebecq.

Irriguée par la curiosité et la sensibilité qu’on lui connait, la balade en travelling avant à laquelle nous convie Frédéric Mercier exhume avec brio des pépites que l’on a furieusement envie de pirater. Le goût des autres -le sien, en l’occurrence- nous imprègne peu à peu, reliant dans une même communauté l’auteur, le lecteur, et tous ces dissidents de plume habités par un cinéma qui ne voulait pas tricher avec l’âme.

Les Écrivains du 7e art, Frédéric Mercier (Éditions Séguier). Coup de projecteur avec l’auteur, lundi 25 avril, sur TSFJAZZ (12h30)




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