This is my land

Des enfants au visage d’ange, des profs au regard malicieux, la musique de Yom avec ses morceaux guérisseurs, With Love, Saving the world is easy... Le travail de la jeune réalisatrice franco-israélienne Tamara Erde sur l’enseignement du conflit israélo-palestinien est aussi remarquable par sa lucidité qu’au travers de ses poignants contrepoints.

Neutralité impossible. Dans les écoles israéliennes comme dans les classes palestiniennes, la peur, la haine et la rancœur exercent au quotidien leurs ravages pédagogiques. Côté israélien, l’ennemi n’a même pas besoin d’être diabolisé. Il est ignoré. Quant aux jeunes consciences palestiniennes, elles sont déjà emmurées et emprisonnées au regard d’autres murs et d’autres prisons tellement plus tangibles.

De quoi rendre admirable l’abnégation de certains enseignants. Même ceux qui restent à l’intérieur du système, tel Oren, le prof israélien d’Haïfa. Il questionne ses élèves et les fait se questionner sur l’éthique politique de leur pays. Son cours sur Ben Gourion, par exemple, ménage de subtils pointillés. Ziad, l’enseignant palestinien, est tout aussi astucieux dans ses méthodes, notamment lorsqu’il demande à ses élèves d’écrire une lettre à un Juif de France puis une lettre à un Juif des colonies. Devant la jeune réalisatrice, il confie sa lassitude: « Beaucoup de parents protestent contre mon enseignement. Ils sont religieux. Je fais appel à l’imagination. Pour eux, l’imagination, c’est dangereux »…

La caméra de Tamara Erde investit d’autres espaces qui pourraient confirmer le propos de Nelson Mandela sur l’éducation comme moyen de changer le monde. Pas si simple, en même temps… Dans une école mixte non gouvernementale, le cours sur la Shoah livré conjointement par une enseignante palestinienne et son collègue israélien est lourd d’une tension rapidement palpable. Dans la colonie d’Itamar, où la réalisatrice parvient, au-delà de l’encadrement religieux, à rendre une certaine chaleur dans le rapport de l’enseignant à sa classe, les gamins sont déjà résignés. « On est entouré d’Arabes. Ils nous veulent du mal ». « Qu’est ce que cela veut dire, ‘conflit’ ? », va même jusqu’à demander l’un d’eux, regard plein d’innocence face caméra…

La colère, bien évidemment, ronge son frein tout au long de ce docu qui sait rompre avec l’enfermement des salles de classe jusqu’à prendre, parfois, l’allure d’un road-movie. Colère que toutes ces enfances rabotées et bousillées par le cancer moyen-oriental dont les adultes ont renoncé à combattre les métastases. Tamara Erde s’acharne pourtant à les filmer, ces gamins, en train de rire, de chahuter… Il y a ce jeune Israélien qui ne veut plus vivre dans la peur de ses voisins, ces gamins palestiniens qui rêvent de devenir explorateur en Amazonie ou médecin en Amérique, ou encore le cri du cœur de cet écolier: «Les enfants aussi peuvent changer les choses »… On dirait le titre d’un morceau de Yom.

This is my land, Tamara Erde (Sortie en salles le 20 avril). Coup de projecteur avec la réalisatrice, le même jour, sur TSFJAZZ (12h30)




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