Nos serments

Souvenirs gentillets de La Maman et la Putain. Dans Nos Serments, actuellement repris au Théâtre de la Colline, les jeunes pousses du collectif L’In-Quarto emmenés par Julie Duclos s’inspirent et s’émancipent du film-culte de Jean Eustache. Le résultat séduit par sa fraîcheur et irrite par sa légèreté.

Le fait est qu’il ne reste plus grand chose de l’odyssée noctambule et sauvage qui, au cœur des années 70, sonnait le glas des élans libertaires de Mai 68. Chez Eustache, on parlait sexe comme on n’en parlait jamais auparavant, on s’étripait en se vouvoyant, comme dans Les Liaisons Dangereuses, et la cristallisation s’opérait par épuisement. « Votre petite tête qui comprend tout et qui raconte des grands trucs grandiloquents,  et absolument ridicules et prétentieux, j’en ai rien à foutre et je vous aime », rétorquait Françoise Lebrun à un Jean-Pierre Léaud convertissant sa fébrilité en logorrhée. Bernadette Lafont rayonnait « de passion noire et de malice aigüe », comme l’écrivait si joliment Jean-Louis Bory, avant de se consumer « immobile, effondrée, amère, attendant la nuit ».

Ce qui agace dans Nos Serments, c’est la façon dont la troupe déserte cette époque sans même tenter la jonction avec la nôtre à l’exception de deux affiches (Pickpocket, de Bresson et Tout va bien, de Godard) punaisées au mur. S’ensuivent des variations bobos sur les contorsions d’un trio amoureux qui certes, originellement parlant, ne relevait pas vraiment de la strate prolétarienne mais qui portait au moins en lui l’écume d’un contexte. De quelle écume notre décennie est-elle aujourd’hui porteuse ? C’est bien là où les pointillés de Nos Serments tournent un peu en rond.

Restent une belle scénographie, une ambiance musicale pepsi, des hors-champs vidéo qui captent l’attention- surtout en première partie- et une interprétation plutôt honorable, à commencer par les jeunes messieurs. David Houri allie avec merveille le trapu et la part de féminité. Son ami, moins mis en valeur dans le film d’Eustache, bénéficie des talents prometteurs de Yohan Lopez, tout en douceur, en dérision et en maturité. Les personnages féminins sont moins à leur avantage. Alix Riemer impose en même temps sa silhouette et son charme dans le rôle tenu autrefois par Bernadette Lafont. Le fait, cependant, qu’elle ait le même âge que son partenaire masculin mine peu à peu sa part vénéneuse.

Nos Serments, Julie Duclos-L’In-Quarto, Théâtre National de la Colline, jusqu’au 28 avril




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