Dernier tango pour Gato Barbieri…

Un bandonéon et un saxo s’envoient aussi en l’air dans le Dernier Tango à Paris. C’est Gato Barbieri qui est aux manettes, avec Olivier Nelson aux arrangements. Astor Piazzolla, à qui Bertolucci avait d’abord offert de signer la B.O., n’a pas donné suite. Bande-son sauvage, romantique, calquée sur la mélancolie et la libido de Marlon Brando, avec une expressivité dans la sonorité sans laquelle, peut-être, il manquerait quelque chose à la légende.

Pendant le tournage -je dois cette anecdote à Noël Simsolo-  le réalisateur emmène son acteur voir un concert du musicien argentin. La presse people, qui n’a pas encore eu la primeur du film, en reste coi: Brando serait-il un mordu de free jazz ? C’est vrai qu’il a souvent miaulé free, le Gato Barbieri dopé à Charlie Parker et qu’on surnommait Gato (« le chat », en espagnol…) dans les bars de Buenos Aires pour sa capacité à se faufiler d’un endroit et d’un genre à l’autre. Il mixera ainsi allègrement l’héritage coltranien et la tradition latino dans un lyrisme mâtiné de véhémence que Don Cherry (A Complete Communion), Carla Bley (Escalator over The Hill) et Charlie Haden (Liberation Music Orchestra) sauront mettre en valeur.

« Avec le temps, je me suis aperçu que le free jazz, ce n’était pas moi », dira-t-il à Thierry Pérémarti pour le livre Visiting Jazz paru il y a quelques années aux éditions Le Mot et le Reste. Il faut relire ce magnifique entretien qui doit beaucoup à la sensibilité de l’intervieweur et au cadre intime dans lequel ont lieu ses rencontres. Gato Barbieri le reçoit dans sa chambre de Central Park, en kimono. « Lui allongé sur le lit. Moi, assis côté passager. Tous deux à même le drap, comme si de rien n’était. Avec ce grand miroir sur tout le mur, on ne risque pas de se perdre de vue ».

Le pionnier du Latin Jazz s’y révèle en tout cas formidablement humain, faux macho et vrai fragile, plus Italien qu’Argentin à la limite. Il parait qu’il a même des origines françaises… La technique n’est pas son fort. À Sonny Stitt qui lui demande un jour combien de clés possède un saxophone, il répond qu’il n’en sait rien. Il souffle dedans, un point c’est tout. « Mon son est gros parce que la pression que je mets viens de l’estomac », ajoute–t-il. Ou plutôt du cœur.

« Je ne copie personne parce que c’est difficile de copier. Il est plus facile d’être soi-même ». Gato Barbieri en kimono, donc, sans le feutre noir ni l’écharpe de satin blanc qui ont fait sa légende, Gato Barbieri si fier que Marvin Gaye lui ait écrit Latin Reaction dans l’album Ruby, Ruby...  Le chat ne miaule plus, Milonga Triste. Il nous reste ses musiques félines et tous leurs sortilèges.

Gato Barbieri ( 28 novembre 1932-2 avril 2016)




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