Lumière du monde

Qu’importe si la traque des Indiens jusqu’à la frontière canadienne hante encore certains paysages du nord-ouest américain… À l’ombre des cottonwoods, ces peupliers qui pullulent sous le Big Sky du Montana, Dave Robicheaux rêve d’abord de sieste et de pause barbecue.

Jusqu’au moment où un tueur psychopathe présumé mort s’incruste dans les vacances bucoliques de l’ex-flic cajun, nourrissant d’avantage ses méditations sur les racines du mal. Plus de brume électrique, donc, ni de spleen néo-orléanais pré ou post-Katrina dans ce 20e opus des enquêtes de Robicheaux. Le panthéisme légendaire de James Lee Burke n’en est pas moins prégnant au Montana où il réside aujourd’hui et qu’il décrit comme un « carrousel dont la lumière et la musique n’ont jamais de fin ».

Ceci dit, même délocalisé, Robicheaux reste Robicheaux. Toujours aussi laconique, le personnage-fétiche de James Lee Burke… L’âme brûlée par l’alcool et les démons des bayous, il va droit au but et sans jamais la ramener. À peine promet-il l’enfer à quelques dégénérés menaçant ses proches qu’il le regrette aussitôt: « Dés que j’eux prononcé ces mots, je sus qu’ils me reviendraient dessus comme un boomerang moqueur ».

La compassion, en même temps, ne l’a jamais abandonné. Elle abrite aussi bien sa femme et sa fille que son meilleur ami, le détective Cleve Purcell, dangereusement amouraché de la belle-fille d’un magnat pétrolier. Deux autres très beaux personnages transcendent la plume de l’auteur: la fille de l’ami-détective, Gretchen, ex-tueuse de la mafia au passé bien lourd, et surtout Wyatt Dixon, cet ex-taulard au profil de faux coupable déjà repéré dans une autre série de Burke mais sans Robicheaux. À vrai dire, on ne sait pas trop où le classer, au départ, ce clown de rodéo à la fois bouffon et inquiétant qui se met soudainement à parler araméen en plein happening pentecôtiste. « Il avait appris depuis longtemps à ne pas trop s’éloigner dans les corridors de son âme », surenchérit l’auteur pour mieux épaissir le mystère…

Et si Dixon résumait tout simplement l’Amérique de James Lee Burke dans ses accès de violence, son parfum de folie mais aussi ses formidables intuitions et son attention aux humbles ? On croise aussi dans Lumière du monde un pasteur tout droit sorti de La Nuit du Chasseur, un professeur à la retraite au passé gauchiste, une serveuse de café dont on espère vraiment qu’elle ne va pas mal finir…  Et puis aussi des pièges à ours ainsi qu’une allusion prémonitoire au trappeur incarné par Leonardo DiCaprio dans The Revenant. En la matière, on préfère nettement la fibre écologique, la densité d’écriture et l’humanité de James Lee Burke.

Lumière du Monde, James Lee Burke (Rivages Thriller). Coup de projecteur sur TSFJAZZ, mardi 29 mars (12h30), avec Bruno Corty, du Figaro Littéraire.




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