Room

Tout est couleurs autour de Jack. Tout est affects, également, puisqu’avant d’embrasser sa mère qui le couve du regard, ce gamin de cinq ans prend bien soin, chaque matin, de dire bonjour à l’évier, bonjour à la lampe, bonjour à la cuisinière…

D’une simple pièce Jack fait tout un monde. C’est normal, il n’y a pas d’autre monde… Juste un taudis à peine troué par trente centimètres carré de ciel bleu au travers d’un vélux. Juste une pièce sombre où cet enfant né d’un viol entre sa mère et l’homme qui l’a kidnappée et séquestrée a toujours été cloîtré.

Carrément astucieux, le dispositif mis en place par le réalisateur Lenny Abrahamson… La caméra colle au gosse, ou plutôt à l’univers moelleux qu’il s’est construit dans sa tête et dans lequel il se love. Fragmentés et réduits au maximum, les angles de prise de vue délimitent une sorte de cocon maternel dissimulant l’enfer… Une télé trône, au milieu… L’enfant la regarde en croyant que tout ce qui s’affiche à l’écran vient d’une autre planète.

La logique du récit implique évidemment un contrepoint fulgurant à cette situation de départ. Lorsque Jack parvient à s’évader, c’est lui qui a soudain l’impression d’être un extra-terrestre au contact de l’air libre, des microbes, des grandes personnes. Il faudra la rencontre avec un chien en chair et en os pour le voir afficher un sourire aussi poignant que magnifique.

Soutenue par une mise en scène toute en intensité, Room n’évite pas toujours les écueils du mélo, ne serait-ce que dans l’interprétation très émotionnelle de Brie Larson, déjà repérée dans States of Grace. On se contentera de prendre acte, à-ce-propos, de l’Oscar de la meilleure actrice qu’elle vient de décrocher tout en concentrant l’enthousiasme sur le jeune acteur du film, Jacob Tremblay. Cela faisait bien longtemps qu’on n’avait pas été à ce point ému par un enfant sauvage aussi doux.

Room, Lenny Abrahamson, Grand Prix du Festival de Toronto (Sortie en salles le 9 mars)




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