Michael Jackson’s Journey from Motown to Off the Wall

Faut-il que la condition afro-américaine en cette fin des années Obama soit à ce point dramatique pour que Spike Lee tombe à son tour en pâmoison vis-à-vis de Michael Jackson ? Plus question, désormais, pour le réalisateur de Malcolm X, de faire le tri entre les radicaux et les modérés. Face à l’urgence des nouveaux combats à mener, il s’agit d’abord de célébrer le MJ fédérateur, celui qui, au nom de sa communauté, s’est donné tous les moyens pour devenir coûte que coûte numéro 1, toutes races confondues.

C’est cette quête obstinée que raconte Spike Lee dans Michael Jackson’s Journey from Motown to Off the Wall. Élargissant la focale de Bad 25, sorti en 2012, le cinéaste zoome sur la période pré-Thriller. Celle qui voit le futur « entertainer » quitter la Motown où il avait triomphé avec les Jackson Five pour se reconstruire en solo jusqu’au triomphe de l’album-culte Off the Wall, en 1979. Troublante émancipation… Interviewé à la télévision, Michael Jackson explique qu’il n’a aucun regret de s’être séparé de ses frères. L’important est d’aller de l’avant. À la fois fou de joie et encore un peu empêtré lorsqu’il se fait surprendre dans le mythique Studio 54, il affirme qu’il y a aperçu Dark Vador, le grand méchant de Star Wars

Moins fantasmatique, la rencontre avec Quincy Jones, quoique… En confiant les clés de sa réorientation musicale à une légende de la note bleue, Michael Jackson surprend une partie de son entourage. Il sait très bien en même temps où il veut aller en travaillant avec celui qui est passé maître dans l’art de superposer groove funk et harmonies jazzistiques. I Can’t Help It, la chanson signée Stevie Wonder dans Off the Wall, en sera un prolongement éloquent.

Mais c’est aussi le Quincy ayant officié avec Sinatra qui fascine l’enfant-star. Ne le voit-on pas d’ailleurs, sur certaines photos réalisées à l’époque, en complète symbiose avec l’esthétique Rat Pack ? On sait par ailleurs que de grands noms du jazz comme Lester Bowie ou Abbey Lincoln étaient loin d’être indifférents à la carrière de Michael Jackson et il n’est pas anodin, même si dans ce documentaire les témoignages sont peut-être un peu trop nombreux, d’entendre quelqu’un comme Esperanza Spalding souligner sa dette au chanteur.

Pour le reste, cette vision foisonnante sur les débuts de la Jacksonmania recèlent d’archives précieuses, à commencer par cette fameuse lettre de novembre 1979 où la voix d’ange du chanteur résonne presque comme un oratorio: « I want a whole new character, a whole new look. I should be a totally different person”… Si Spike Lee s’est d’abord concentré, ici, sur la musique de Michaël Jackson, ce passage épistolaire aurait pu l’encourager à creuser d’avantage les fêlures du personnage ainsi que ses complexes psychologiques et raciaux même si, il est vrai, le thème a donné lieu, plus tard, à des polémiques plus ou moins purulentes.

On se régalera par ailleurs avec les extraits des tournées Destiny et Triumph. Et puis il y a l’impayable parodie d’Eddie Murphy qui suffit à désamorcer tout procès en hagiographie contre Spike Lee, lequel retombe sur ses pieds à la fin du docu quand il évoque le sort injuste de Off the Wall aux Grammy Awards. Pas encore suffisamment blanchi, le MJ de Off the Wall ? La saga Jackson prend dés lors un parfum de revanche.

Michael Jackson’s Journey from Motown to Off the Wall, Spike Lee (Sortie en DVD le 26 février chez Sony Legacy). On y revient dans les Lundis du Duc, sur TSFJAZZ, ce 22 février, à 18h, avec comme invités le biographe Richard Lecocq, le spécialiste des musiques noires Olivier Cachin et le directeur de la rédaction de Jazz magazine Frédéric Goaty.




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