The Revenant

C’est sur le mode des douze travaux d’Hercule que Leonardo DiCaprio s’apprête à décrocher la récompense à laquelle il a toujours rêvé. L’Oscar en guise de médaille olympique, donc… Dans The Revenant, l’acteur déguisé en trappeur maso se fait charcuter par un ours, surnage dans des rivières glacées, chute à cheval du haut d’une falaise. 2h30 de bave, de sang et de neige à la gloire d’un Davy Crockett aux cheveux hirsutes et aux yeux exorbités… Ça vaut un Oscar, vraiment ?

Ce serait assez logique, nous rétorque la journaliste Florence Colombani avec laquelle nous avons partagé le café il y a quelques jours et qui a signé sur « Leo The Last » un ouvrage définitif (Collection « Anatomie d’un Acteur » des Cahiers du Cinéma). Après s’être confronté aux extrémités de l’âme, nous dit Florence, et après en avoir incarné toutes les fractures, toutes les noirceurs et toutes les folies, DiCaprio explore et s’explore dans les extrémités du corps. À travers les épreuves imposées à son personnage mais aussi dans la pureté de la lumière naturelle composée par le chef-opérateur du film, Emmanuel Lubezki, il y aurait là comme une renaissance.

On est vaguement convaincu… Tellement nostalgique, surtout, du Leonardo DiCaprio empâtant sa flamboyance juvénile dans Les Noces Rebelles, inouï d’ambiguité dans J.Edgar, survolté dans Le Loup de Wall Street… Ces compositions n’étaient-elle autrement plus « oscarisables », et faut-il se résoudre à ce degré zéro d’expressivité du comédien rendu à l’état de primate dans le western façon Thalassa que nous a pondu Alejandro Gonzales Iñárritu ?

Comment le si génial réalisateur de Birdman a-t-il pu commettre une telle purge forestière ? Malgré un prologue époustouflant où l’impact des flèches indiennes crève véritablement l’écran, The Revenant tourne rapidement à vide, se contentant d’enregistrer la survie en territoire hostile et la volonté de vengeance d’un héros laissé pour mort par ses acolytes et dont on a tué le fils. Rien ne se passe, ou presque, jusqu’à la confrontation finale avec le méchant joué par Tom Hardy. De temps en temps, le personnage principal se laisse submerger par les souvenirs de sa femme disparue et de son village, mais l’évocation tient de la poésie scolaire.

Laissons Terrence Malick là où il est. Outre le fait que ce dernier n’est plus trop, lui non plus, au summum de son inspiration, il serait bien audacieux de comparer les élégies dantesques du réalisateur de The Tree of Life avec cette mortelle odyssée écolo toute en borborygmes du duo Iñárritu/DiCaprio sur fond d’introuvable transcendance, à l’instar de la si pauvrette partition de Ryuichi Sakamoto.

The Revenant, Alejandro Gonzales Iñárritu (Sortie en salles ce 24 février)




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