Blitz

Coup de foudre pour un roman-éclair. Blitz, qui porte vraiment bien son titre, marque le retour à l’écrit de l’Espagnol David Trueba, qui cartonne d’abord comme cinéaste dans son pays. Les Français, eux, avaient surtout fait sa connaissance il y a six ans avec Savoir Perdre, bonheur choral gorgé de spleen madrilène à l’instar de la touchante idylle entre une ado complexée et un footeux argentin.

Changement de décor (ceci étant, il y a encore une scène de match dans Blitz…), puisque c’est à Munich que se déroule l’essentiel du récit. A la suite d’un SMS qui lui a été adressé par erreur, Beto, un trentenaire espagnol venu participer à un concours d’architecture, découvre que sa femme a un amant. Elle repart en Espagne, il reste à Munich, errant, désemparé et ne parlant pas un seul mot d’allemand, jusqu’à ce qu’il trouve refuge auprès d’Helga, l’une des membres du jury qui l’avait accueilli à l’aéroport.

David Trueba aime beaucoup les contrastes. Helga a plus de 60 ans, et c’est pourtant une relation pas vraiment platonique qui s’engage entre le Madrilène déboussolé et la Baravoise au grand cœur. Cette rencontre sexuelle hors-normes, l’auteur la rend immédiatement crédible. A travers un mélange troublant de crudité et de délicatesse, il suggère comment la perte de tout repère chez son personnage masculin crée en lui une sorte de chamboulement hormonal, si on peut s’exprimer ainsi… La veine violette sur un sein  pâle devient source d’excitation, les imperfections d’un corps en décuplent le délire charnel. « Je me fichais de sentir la rugosité au dessus de ses lèvres. Au lieu de devenir fou je devenais peut-être sage »…

Perte de soi et quête de soi se donnent ainsi tendrement la main dans cette odyssée munichoise qui prend aussi l’allure d’une métaphore politique. C’est l’autre beau contraste du roman que ce choc entre désinvolture ibérique sur fond de crise nationale et métrique germanique dans une ville qui, d’avantage que Berlin la cosmopolite, incarne la réussite économique sous des cieux tempérés. Il n’y a plus, dés lors, qu’à se laisser envoûter par cette prose hivernale dont la traduction tout en finesse d’Anne Plantagenet, si intensément nourrie, elle aussi, de spleen espagnol (allez voir la chronique de son dernier roman chez Laure Albenrhe…) assure le rendu avec tact et sensibilité.

Blitz, David Trueba (Flammation), traduction Anne Plantagenet, coup de projecteur avec l’auteur, ce lundi 15 février, sur TSFJAZZ (12h30)




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