Danish Girl

N’est pas Xavier Dolan qui veut. Transposant en film de costumes des années 20 l’odyssée biologique de Lili Elbe, première femme transsexuelle de l’histoire, Tom Hooper signe l’anti-Laurence Anyways par excellence. Le jeune cinéaste québécois, on s’en souvient, tourbillonnait hors de toute lecture psychologisante, privilégiant l’effusion baroque et la combustion des sentiments. Beaucoup plus terre-à-terre, surtout au regard de ce qu’un cinéma grand public autorise sur un sujet aussi délicat, le réalisateur anglais du Discours d’un Roi n’a guère d’autre échappatoire que l’aplat ou la guimauve, ce qui revient un peu au même.

Au rayon du navrant, on n’a que l’embarras du choix. Peut-être peut-on déjà distinguer la façon dont Eddie Redmayne campe le rôle principal. Sourire écarlate, minauderies répétitives… Comme dans Une merveilleuse histoire du temps où il interprétait un Stephen Hawking sur chaise roulante, ce comédien ne semble concevoir son art que sur le mode du transformisme avec à l’arrivée un grand mix d’artifice, de caricature et de cabotinage. Cela a au moins le mérite de valoriser, par effet de contraste, la prestation beaucoup plus incarnée de Alicia Vikander, qui joue sa femme dans le film.

La construction des personnages n’est pas moins problématique. Après avoir épluché tous les signes avant-coureurs de la métamorphose à venir, nous laissant entendre que le trouble identitaire de son personnage remonte à fort longtemps, le lourdaud Tom Hooper matérialise ce désir de de devenir femme au travers d’une séquence aussi soudaine qu’anecdotique. Il suffit à la future Lili Elbe de remplacer au pied levé un modèle absent et de poser en robe devant son épouse-peintre pour que le refoulé surgisse par miracle… Les évolutions ultérieures du personnage, jusqu’à sa décision de se faire opérer, sont traitées avec la même légèreté, tout comme les apparitions de deux rôles secondaires (Matthias Schoenaerts et Ben Whishaw) dont on est bien en peine d’apprécier l’apport à ce qui constitue le cœur de l’intrigue.

Le réalisateur semble avoir manifesté une plus grande attention à son travail de paysagiste. De Copenhague à Dresde, en passant par Paris, on sent que chaque camaïeu a été choisi au peigne fin, ce qui peut se concevoir lorsqu’on évoque des personnages sortis des beaux-arts. Pour raconter, en revanche, ce qu’ils ont dans les tripes, le pictural est un bien faible atout. Surtout lorsqu’une BO édifiante (Alexandre Desplat a tellement fait mieux…) et un réel manque de point de vue précipitent le film dans le mélo le plus indigeste.

Danish Girl, Tom Hooper (Le film est à l’affiche depuis mercredi)




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