Spotlight

Si le cinéma n’est qu’un sport de combat, on comprend aisément pourquoi le « danse avec les ours » de Leonardo Di Caprio dans The Revenant arrive en tête des nominations pour la 88e cérémonie des Oscar, juste devant les prouesses de Mad Max. Le fait de squeezer dans le même élan le film le moins puéril de Quentin Tarantino participe de la même logique. Cette cuvée 2016 pourrait cependant connaître un happy end au cas où le si humble mais pas moins prenant Spotlight de Tom McCarthy venait à l’emporter.

Sans fioritures ni pathos, et en épargnant au spectateur les séquences scabreuses que le sujet laissait craindre, le film évoque le travail de longue haleine mené par le Boston Globe dans les années 2001-2002 pour révéler au grand jour un scandale de prêtres pédophiles protégés par les plus hautes autorités religieuses de la ville. Baptisée Spotlight, l’équipe d’investigation du journal va se coltiner toute une série d’obstacles, à commencer par l’omerta au sein de la bonne société bostonienne où tout se savait depuis fort longtemps.

De facture classique, limite vintage, Spotlight n’a que peu à voir avec l’atmosphère paranoïde des Hommes du Président, d’Alan J.Pakula, maître-étalon dans l’exaltation d’une certaine opiniâtreté journalistique. Tom McCarthy se veut plus besogneux dans la conduite de son récit, et c’est ce qui en fait paradoxalement sa très grande force outre son savoir-faire, ses qualités rythmiques et la vivacité de ses personnages.

Il est vrai que les journalistes de Spotlight ne sont pas des super-héros même si c’est Michael Keaton qui mène la danse avec toute son aura, entouré de Mark Ruffalo en chien fou et de la toujours aussi craquante Rachel McAdams. Tour à tour sur le devant de la scène ou en retrait (mais à égalité de traitement, à l’instar de la poignante et ultime dernière scène qui voit Keaton jouer à son tour les petites mains dans le recueil des appels enclenchés par la publication de l’enquête…) chaque protagoniste a son espace de construction, ses atouts, ses failles…

L’interaction est tout aussi fascinante entre l’équipe et le nouveau rédacteur en chef du Boston Globe, campé magistralement, là encore, par Liev Schreiber. Le type parait au départ complètement impénétrable, un vrai sphinx dont on ne sait pas trop s’il sera au côté ou non de ses journalistes. Jusqu’au moment où l’establishment local lui rappelle que venant d’ailleurs, étant Juif et n’aimant pas le baseball, il n’est pas en « odeur de sainteté » dans la ville.

Boston, son âme profonde entre ombre et lumière, ses couleurs délavées que la direction de photographie explore avec grâce… Spotlight est d’abord un chant d’amour à cette ville. La discrète frénésie qui en imprègne les couplets n’en est que plus appréciable.

Spotlight, Tom McCarthy (Sortie en salles le 27 janvier)




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