Carol

It’s easy to live where you’re in love… Voilà ce qu’aimerait croire Cate Blanchett lorsque Rooney Mara lui dédie, au piano, le refrain de Easy Living transcendé par Billie Holiday. Parenthèse à la fois enchantée et ironique. Rien ne fut facile, à vrai dire, dans la vie de Lady Day, aussi débridée dans ses aventures féminines que masculines, pas plus que pour les deux héroïnes de Carol dont les ardeurs amoureuses vont se fracasser sur l’ordre moral américain des années 50.

C’est un Todd Haynes encore plus stylé que dans ses précédents opus qui porte à l’écran un roman  que Patricia Highsmith avait préféré publier sous pseudonyme en 1952, deux ans après le succès de L’Inconnu du Nord-Express… Que la future prêtresse du polar s’adonne à un roman lesbien ne collait évidemment pas trop avec les convenances de l’époque. « Cette histoire est sortie de mon stylo comme venue de nulle part », dira la romancière citée par Cate Blanchett dans Le Monde.

C’est justement ce contraste entre le raffinement d’une mise en scène et l’irrépressible élan littéraire et personnel qui en est la base que le film ne parvient pas à transcender. Le couple formé par Cate Blanchett et Rooney Mara a pourtant tout pour séduire. La première franchit un palier supplémentaire dans la grande classe: blondeur évanescente, manteau de velours, grain de voix érodé par la cigarette… Il suffit à sa cadette d’arborer un minois à la Audrey Hepburn pour rendre immédiatement crédible cette liaison entre une bourgeoise en instance de divorce et une jeune vendeuse pas si farouche qu’elle en a l’air lorsqu’il s’agit de se libérer d’un univers aussi balisé qu’étriqué.

Sauf qu’à force d’élégance et de mise en beauté, le charnel passe à la trappe. On en arrive presque à regretter la façon de faire autrement plus sanguine (mais pas plus opérationnelle, hélas…) de Abdellatif Kéchiche dans La Vie d’Adèle. La représentation sur grand écran de l’homosexualité féminine serait-elle ainsi condamnée à trébucher dans le fétichisme désincarné ou dans l’hystérie complaisante? Ce que William Wyler avait tenté en 1961 dans La Rumeur avec le couple Shirley McLaine-Audrey Hepburn (la vraie, et non sa pâle imitation auréolée d’un douteux prix d’interprétation à Cannes…) reste, pour l’heure, ce qui s’est fait de plus poignant et de plus palpitant.

Carol, Todd Haynes, sélection officielle au dernier festival de Cannes (Sortie en salles le 13 janvier)




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