Abécédaire Sinatra

Pour clore cette année parfois si « hard » sous le signe du « cool » et prolonger les festivités autour du centenaire de la naissance de Frank Sinatra, TSFJAZZ a diffusé toute cette semaine un abécédaire Sinatra… De la lettre « A » comme Arrangeurs à « Z » comme Zorn, cette Sinatra Story est à retrouver dans nos podcasts sur www.tsfjazz.com, rubrique « émissions spéciales »

A comme Arrangeurs. Frank Sinatra s’entoure, tout au long de sa carrière, de plusieurs arrangeurs qui colorent son répertoire en lui apportant un vrai sang neuf. Sur le mode écrin doré ou contrepoint délicat, il y eut déjà Axel Stordhal pendant les années Columbia, Billy May et Gordon Jenkins au sein de l’écurie Capitol Records, ou encore Johnny Mandel, Claus Ogerman et Quincy Jones. Mais c’est surtout auprès de Nelson Riddle, ancien tromboniste déjà employé auprès de Nat King Cole, que va se nouer, dés 1953, la collaboration la plus longue -elle durera plus de 20 ans- au gré d’albums légendaires comme In The Wee Small Hours, Songs for Swingin’Lovers et Only the Lonely.

B comme Basie. « Messieurs, bien reçu, mais pardonnez moi, c’est moi qui paie la séance »… C’est en ces termes que Frank Sinatra aurait réussi à amadouer l’orchestre de Count Basie qui prenait un malin plaisir à le défier en décalant le tempo à l’unisson sur la voix du chanteur. À vrai dire, c’est bien au contact de ce swing particulièrement robuste  que Sinatra va gagner ses lettres de noblesse dans le monde du jazz. Trois disques en témoigneront: Sinatra-Basie, orchestré par Neal Hefti en 1962, It Might as Well Be Swing deux ans plus tard avec Quincy Jones aux manettes et, surtout, Sinatra at the Sands, l’un des live les plus mythiques (et le plus joyeux) de l’histoire du jazz enregistré à Las Vegas entre le 26 janvier et le 1er février 1966.

C comme Crooner. Crooner, du verbe To croon, qui veut dire murmurer… L’art de Sinatra aura largement transcendé, en même temps, le credo des ballades romantiques ou le cliché du chanteur de charme forcément d’origine italienne… Peut-être a-t-il à la fois incarné l’âge d’or et la figure ultime du crooner, faisant jeu égal avec les claquements de cuivres, lorgnant vers le style bad boy, visant l’Américain mature et plus seulement les jeunes groupies en pâmoison. Tout cela sans jamais renoncer à cette prestance qui a fait sa légende et qui rendra quelque peu nostalgiques, plus tard, deux ou trois performeurs en planète rock à l’instar d’un Iggy Pop qui, à la question « quel est aujourd’hui votre plus grand plaisir dans la vie« , répondait, « Ecouter Sinatra dans le noir ».

D comme Dorsey. Tommy Dorsey n’est pas un enfant de chœur, mais Frank Sinatra saura lui rendre la pareille. C’est en janvier 1940 que le tromboniste et chef d’orchestre arrache le chanteur débutant à un autre orchestre blanc, celui d’Harry James… S’ensuivent des années d’apprentissage auprès d’un big band aussi discipliné sur scène que dissipé en dehors, à l’instar d’un Buddy Rich particulièrement soupe-au-lait. Conscient de son succès, Sinatra tente bientôt de reprendre sa liberté. Son patron y consent, moyennant un tiers des gains à venir du jeune crooner. Il faudra un discret coup de main, dit-on, de certains amis gangsters pour que Dorsey renonce à sa créance…. Un argument repris dans Le Parrain avec la scène du mafieux découvrant une tête de cheval dans son lit. Que l’histoire soit véridique ou pas, Tommy Dorsey n’embêtera plus jamais Sinatra.

E comme Ellington. Rendez-vous tardif entre Frank Sinatra et l’orchestre de Duke Ellington… Ce n’est qu’en décembre 1967 qu’ils sont réunis en studio pour l’album Francis A. & Edward K. sur le label Reprise… Un album méconnu mais aussi contesté au regard de sa direction artistique. Sinatra était un peu enrhumé, parait-il, ce jour là… Le résultat est pourtant appréciable à bien des égards même si le disque ne comporte qu’un seul morceau de Duke Ellington, I Like the Sunrise. Sur des arrangements de Billy May, la rencontre donne lieu, notamment, à une version d’Indian Summer sublimée par un solo de Johnny Hodges ainsi qu’à une reprise particulièrement incarnée de Sunny, le grand tube pop de l’époque…

F comme Format 25 cm. C’est avec Songs for Young Lovers et Swing Easy, ses deux premiers disques chez Capitol Records entre 1953 et 1954, que Frank Sinatra va populariser le format 25 cm du vinyle 33 tours lancé par Columbia en 1948… Ce microsillon avec huit titres, plus petit que le 30 cm standard, va aller de pair avec une autre innovation, toujours chez Capitol, à savoir les fameux « concept-albums » où toutes les pistes du disque sont liées à un thème ou à une histoire. Exemple: l’introspectif In the Wee Small Hours, en 1955, avec sur la pochette le crooner méditant au coin d’une rue déserte éclairée par des lumières teintées de bleu. Format 25 cm, concept-album… Franck Sinatra n’a pas seulement chanté les standards du métier, il les a aussi inventés.

G comme Gardner. À la soirée de gala du film Les Hommes préfèrent les blondes, il est accompagné d’une brune. Et quelle brune ! Ava Gardner, ses yeux vert-amande, sa sensualité à fleur de peau… En attendant, sa liaison avec Sinatra, toujours marié avec Nancy, fait scandale. Le crooner finit par l’épouser en 1951 mais alors qu’Ava est en pleine ascension, la carrière du crooner périclite. Ils ont aussi tendance à se bagarrer pour pas grand chose, notamment lorsqu’Ava Gardner déclare adorer They Can’t Take That Away From Me alors que cette chanson a été l’un des grands succès de son précédent mari, Artie Shaw. Ils se séparent, se retrouvent, se séparent à nouveau. Jamais une femme n’a rendu Sinatra à ce point dépressif même s’il a toujours espéré qu’avec Ava Gardner, comme l’a si joliment écrit Alain GerberThe Best is Yet to Come… Le meilleur est encore à venir…

H comme Hoboken. Depuis Hoboken, située sur l’autre rive de l’Hudson River, on peut apercevoir, de loin, les gratte-ciel de Manhattan. C’est dans cette ville du New Jersey d’abord peuplée de ressortissants allemands et néerlandais avant les vagues d’immigration irlandaise et italienne que Frank Sinatra est né le 12 décembre 1915. Naissance au forceps: tympan perforé, blessures sur le côté gauche du visage… Il faut attendre plusieurs mois avant de le baptiser, cet enfant unique choyé par son père boxeur, Marty, originaire de Sicile, et surtout sa mère, la très dévergondée Dolly… C’est également à Hoboken qu’eut lieu, en 1846, la première partie de base-ball de l’histoire du pays. C’est là aussi d’où partaient les « boys » qui allaient combattre en Europe pendant la Première Guerre Mondiale.

I comme It Was a Very Good Year. L’une des chansons les plus connues et surtout les plus personnelles de Frank Sinatra… La fuite du temps, l’automne d’une mélancolie… C’est peut-être la première fois, dans sa vie, que Frankie se regarde dans une glace. En réalité, le morceau a été composé en 1961 par Ervin Drake mais quand The Voice s’en empare, en 1965, dans l’album September of My Years arrangé par Gordon Jenkins, tout le monde est tenté de lui en attribuer la paternité… Le morceau ouvrira la 2e saison de la série-culte Les Soprano. Il sera également repris par Robbie Williams en 2003.

J comme Jazz. En 1956, le critique Leonard Feather organise un grand vote parmi les musiciens et les vocalistes pour son Encyclopedia Yearbook of Jazz. Lester Young l’emporte chez les musiciens tandis que Sinatra s’impose largement dans la catégorie « chanteurs » devant Nat King Cole et Louis Armstrong… Il est vrai pour que pour les Duke Ellington, Miles Davis et autres Oscar Peterson,The Voice a toujours été un chanteur de JAZZ à part entière. Il ne scatte pas, certes, mais il a le feeling des grands improvisateurs lorsque, au gré de glissements subtils, il transfigure un morceau. Et puis il y a sa mise en place irréprochable, les orchestres et les arrangeurs qu’il sollicite, les accompagnateurs privilégiés comme le trompettiste Harry Sweets Edison… Il phrase comme un instrument, ne rate aucun temps, aucune émotion, tout à la fois tout en puissance, en économie et en talent.

K comme Kennedy. Frank Sinatra a longtemps fait partie du clan démocrate. Sa mère, déjà, y était déjà très impliquée. Mais c’est surtout avec l’avènement de JFK que cette proximité prend un tour nouveau. Sinatra s’engage à fond dans la campagne de 1960. Il a un rapport presque puéril avec le futur président américain. Jusqu’à cette fameuse plaque qu’il fait apposer sur la porte d’une chambre dans sa propriété californienne. « Ici, a dormi John F. Kennedy les 6 et 7 novembre 1960« . C’est lui, également, qui présente Marilyn Monroe à JFK ainsi que Judith Campbell, la maîtresse du mafieux Sam Giancana. Ce rôle de go-between, voire même de rabatteur entre la pègre, Hollywood et le clan JFK va pourtant s’arrêter une fois la dynastie Kennedy installée à la Maison-Blanche. Sinatra, qui continue à défier l’Amérique profonde avec les frasques du Rat Pack, n’est plus le bienvenu… Nixon et Reagan, bien après, se montreront autrement plus bienveillants.

L comme Las Vegas. Las Vegas, le terrain de jeu préféré de Frank Sinatra… Son Olympe, également… Il est alors à un moment de sa vie où il ne doit plus rien à personne.Transformant le plateau de tournage d’Ocean’s Eleven en lupanar façon Rat Pack avec Dean Martin et Sammy Davis Jr, trafiquant le rachat du Cal-Neva Lodge, le casino prisé des gangsters à la frontière du Nevada et de la Californie, ou alors swinguant avec Count Basie au Sands, l’un des grands casinos-hôtels de Vegas, Frank Sinatra est devenu, sous les néons des casinos, le parrain du showbiz, l’aristocrate du cool, et peut-être aussi le mentor impétueux et crépusculaire d’une Amérique aussi hédoniste que corrompue… Une Amérique bientôt entraînée dans le gouffre du Vietnam et la déferlante de la Teen Culture.

M comme Marilyn Monroe. Quand Sinatra lui offre un caniche, elle le baptise Maf, comme Mafia… C’est surtout elle qui a eu une vie de chien… Nul doute, pourtant, qu’entre Marilyn Monroe et Frank Sinatra, il y eut des sentiments et pas seulement des épisodes plus au moins glauques au détour de quelques week-end en douteuse compagnie… Des sentiments et peut-être aussi un projet de mariage, d’après une récente biographie… Quelques heures avant de se donner la mort, elle met un disque. Dancing in the Dark, sa chanson préférée de Sinatra. Ensuite, c’est le noir.

N comme New-York. Avant même la Beatlemania, c’est Frank Sinatra qui déclenche une hystérie collective, faisant tomber en pâmoison des milliers de gamines de 15 ans, ce 12 octobre 1944, à Times Square, lors d’un concert au Paramount Theater… De quoi paralyser toute la circulation automobile à New-York… L’impresario du crooner, George Evans, fut tout de même soupçonné, à l’époque, d’avoir rémunéré quelques groupies pour qu’elles fassent semblant de s’évanouir à la vue de leur idole… Ceci étant, Frank Sinatra eut aussi d’autres heures de gloire à New-York, notamment au Madison Square Garden, en 1974.

O comme Oscar. Frank Sinatra n’a pas eu un mais deux Oscar: en 1946 pour le court-métrage The House I Live In qu’il réalise et interprète, et surtout l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle en 1954 pour son interprétation du soldat Maggio dans Tant qu’il y aura des hommes au côté de Burt Lancaster, Deborah Kerr et Montgomery Clift. Pour obtenir ce rôle qui va le relancer de manière spectaculaire alors qu’il était au fond du trou, Sinatra a tout accepté: un salaire dérisoire, le coup de pouce d’une Ava Gardner de plus en plus dominante dans le couple qu’elle forme avec le crooner, et sans doute aussi le coup de main plus déterminant encore de la Mafia, généralement très persuasive lorsqu’elle négocie directement avec certains producteurs à Hollywood.

P comme Politique. « Je suis aussi communiste que l’est Winston Churchill »… Voilà comment Frank Sinatra est obligé de se défendre en 1947 alors que le FBI lui demande de s’expliquer sur sa présence au bal de la Free Italy Society,une organisation considérée comme pro-communiste. Sinatra va également soutenir les blacklistés d’Hollywood même si, pour ne pas gêner Kennedy durant sa campagne, il doit renoncer à un projet de film avec un scénariste victime du Maccarthysme. Et puis il évolue… Richard Nixon, Ronald Reagan…Un virage à droite motivé, selon certains, par une rancune tenace au regard de la façon dont Sinatra avait été lâché par les frères Kennedy quelques années plus tôt.

Q Comme Quincy. Quincy Jones est à Paris, en 1958, lorsqu’il apprend, par l’intermédiaire de Grace Kelly devenue Grace de Monaco, que Sinatra souhaite jouer avec son orchestre au Sporting Club de Monte Carlo. « Beau boulot, Q. ! » lui balance, à la fin de la soirée, le crooner qui n’en reste pas là. À l’écoute, six ans plus tard, de In Other Words que l’arrangeur a signé l’année précédente pour Count BasieThe Voice demande à Quincy Jones d’en modifier le tempo, donnant naissance ou renaissance, comme on veut, au célèbre Fly Me to the Moon. Jouant sur les contrastes, mettant à égalité le chanteur et l’orchestre, Quincy Jones aura rendu encore plus expressive l’emprunte vocale de Sinatra… Aujourd’hui encore, « Mister Q ». porte toujours la chevalière en or fabriquée en Sicile et dont Sinatra lui avait fait cadeau.

R Comme Reprise. Il y eut bien des trous d’air dans la Sinatra Story, notamment au début des années 50 ou lors de la retraite temporaire 1971-73, mais il y eut aussi des retours en force, des reprises en main… Jusqu’à d’ailleurs baptiser Reprise le label qu’il fonde en 1960 après son départ de Capitol. Dean Martin, son compère du Rat Pack, est dans le coup. Objectif: accorder le maximum de liberté aux artistes jusqu’à leur offrir des parts de la société pour mieux les impliquer. Ce sont les années où Sinatra se fait vraiment plaisir, enregistrant avec Count Basie, Duke Ellington, Carlos Antonio Jobim, signant les disques de sa fille, Nancy, ou encore ceux de Rosemary Clooney. Même lorsqu’il vend ses parts à la Warner, en 1963, il restera associé à Reprise, y gagnant son surnom de Chairman of the Board, (« Le Président ») tandis que ses propres tubes comme Strangers in the Night et My Way vont largement suffire à remplir les caisses du label.

S comme Some Came Running. Some Came Running. « Comme un Torrent », en français. Peut-être le plus beau rôle de Sinatra au cinéma, servi par la mise en scène enfiévrée de Vincente Minnelli… On est en 1958, et Sinatra est littéralement habité par ce rôle d’écrivain désenchanté dont s’entiche une malheureuse prostituée campée par Shirley McLaine. « Tu ne vas quand même pas épouser une tramp », lui balance Dean Martin qui joue son ami dans le film… Dean Martin dont le personnage refuse obstinément d’enlever son chapeau. Godard reprendra l’argument dans Le Mépris au travers du scénariste joué par Michel Piccoli.

T comme The Voice. Le surnom le plus connu de Frank Sinatra… Le plus au diapason, également, avec son principal trait de génie, à savoir cette voix en or qu’il s’est forgée en écoutant, tout jeune, les disques de Bing Crosby ou encore la sonorité si fluide de Tommy Dorsey au trombone qui lui permet de s’initier à une respiration continue…. Une voix d’ange dans un premier temps, juvénile et caressante; un grain plus mature ensuite, faisant entendre un voile d’amertume et la fêlure du temps qui passe, une voix à la fois charismatique et tranquille, techniquement infaillible et surtout gorgée d’un swing qui est la marque des grands crooners

U comme Universel. Chanteur universel jusqu’au fin fond de l’espace où son Fly Me to The Moon est devenu le premier morceau entendu sur la lune grâce à l’astronaute Buzz Aldrin, Frank Sinatra a également cultivé sa stature internationale au travers de grandes tournées. Et pourtant, il détestait voyager…  Au Japon, il refuse d’admirer les cerisiers en fleur du Palais Impérial. « Les seuls cerisiers que je veux voir, ce son les geishas« , dira-t-il… A Monte-Carlo, il trouve le casino carrément minable comparé à ceux de Las Vegas. En Australie, il insulte les journalistes et doit quitter le pays précipitamment. Seul Israël trouvera grâce à ses yeux, jusqu’à lâcher: « Encore quelques jours là-bas et j’aurais presque pu devenir croyant »...

V comme Vieillesse. Paris, Palais des Congrès, octobre 1991. La voix est un peu ternie mais jamais chevrotante. La technique fait le reste et le timbre, soudain, retrouve la chaleur d’autrefois. D’avantage sur Mack The Knife que sur My Way , semble-t-il… À part ça, Frank Sinatra fume sur scène, il fait encore des blagues et il est toujours aussi amoureux de sa femme même si sa nouvelle Lady Blue Eyes ne s’appelle plus Mia Farrow mais Barbara Marx, divorcée de l’un des Marx Brothers…  Vieillir ?  Dans l’un de ses romans-jazz dont il a le secret, Alain Gerber imagine Sinatra dans sa retraite de Malibu, derrière une baie vitrée. Il observe des jeunes gens qui jouent sur la plage. Il a la hantise de s’apercevoir en reflet dans la baie vitrée et de ne plus avoir assez de souffle pour faire disparaître cette vision.

W comme Whisky. Avoir fait d’une marque de whisky plutôt suave au goût et qui ne vous arrache pas forcément la gorge l’incarnation de l’Amérique virile n’est pas le moindre exploit de Frank Sinatra. Ambassadeur du fameux Jack Daniel’s, il le qualifiait de « nectar des dieux », de préférence à deux doigts, avec trois glaçons et une goutte d’eau. La légende serine qu’il en remplissait régulièrement tout un verre au moment de porter un toast à son public lors des concerts… En vérité, le verre en question avait beau porter le label Jack Daniel’s, il ne contenait le plus souvent que du Lipton… Sinatra n’en fut pas moins enterré avec une bouteille du célèbre alcool du Tennessee Old No 7.

X comme Xénophobie. Frank Sinatra a toujours eu le racisme en horreur… Au-delà de son affection pour Billie Holiday et Sammy Davis Jr, il a toujours refusé de chanter dans des salles où les Noirs étaient interdits. Il s’est aussi produit pour recueillir des fonds en faveur de Martin Luther King. On se souvient aussi de The House I Live In, un docu-drama d’une dizaine de minutes datant de 1945 et dans lequel il jouait son propre rôle face à des enfants qu’il alertait sur les dangers de l’antisémitisme… «Aussi longtemps que la plupart des blancs pensent «negro» d’abord et homme ensuite, nous aurons un problème. Je ne sais pas pourquoi nous ne pouvons pas grandir» avait-il déclaré, un jour, à la télévision.

Y comme You Make Me Feel So Young. L’une des grandes chansons de Sinatra… On la retrouve dans l’album Songs for Swingin’ Lovers ainsi que  dans son fameux live at the Sands au côté du Count Basie Orchestra. On est alors en 1966, Sinatra va sur ses 50 ans et, la même année, il se marie avec la future Rosemary de Roman Polanski, alias Mia Farrow, qui a trente ans de moins que lui… L’union sera pourtant de courte durée, Sinatra étant particulièrement allergique à toute la faune Flower Power entourant la jeune femme… L’a-t-il alors sermonnée sur le mode You Make Me Feel So Crazy ?

Z comme Zorn. Frank Sinatra aura décidément fait craquer la terre entière. Y compris le très avant-gardiste John Zorn. Dans une interview au magazine JazzTimes, le saxophoniste new-yorkais affirmait que Sinatra était aussi créatif qu’un Charlie Parker en tant qu’improvisateur. « C’est un musicien total et pas seulement un chanteur, un perfectionniste. Il sait comment ajuster une humeur, il a conscience de tout ce qui peut se passer dans un orchestre, du moindre écart dans une note de trombone »… Et John Zorn d’ajouter à quel point, dans toutes les périodes de Sinatra, il affectionnait surtout les années Reprise, du nom du label qu’il avait créé après son départ de chez Capitol Records… « Sa voix devient alors encore plus mature, plus profonde, plus confiante en soi. C’est du moins ce que j’entends. »

L’abécédaire Sinatra en podcast, c’est ICI.






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