Le prix Louis-Delluc pour Fatima…

À des années-lumière de ce magma para-cinématographique nommé Star Wars, un réalisateur gorgé de pudeur et une femme de ménage d’origine algérienne raflent le prestigieux prix Louis-Delluc 2015.

À des années-lumière de ces personnages mille fois vus, ectoplasmes de blockbusters ou alors bobos névrosés dont l’artillerie lourde d’un certain cinéma français nous rabâche sans cesse les impasses intrinsèques, Philippe Faucon invente, avec Fatima, un destin cinématographique à ceux qui n’en ont jamais eu. « Là où un parent est blessé, il y a un enfant en colère », écrit dans son cahier Fatima Elayoubi, la vraie femme de ménage qui a inspiré le film…

À des années-lumière de la glaise lepéniste et de la barbarie djihadiste qui, quoiqu’en dise une twitteuse aussi effrénée qu’irresponsable, désespèrent pareillement tous ceux qui osent encore croire dans le genre humain, Philippe Faucon filme d’abord des battements de cœur au travers de la lutte obstinée pour ses deux filles d’une mère qui ne parle pas bien le français, qui a le mauvais goût de se balader voilée dans sa recherche d’appart’ et qui, d’avantage épuisée par la honte que par son travail, fait une chute dans un escalier

À des années-lumière de tout misérabilisme et dans la forme-éclair d’un récit qui ne dépasse pas les 1h20, Fatima nous prend aux tripes par son intensité, son refus du pathos et sa lecture si fine de la fracture générationnelle qui crée, parfois, des dégâts irréversibles au sein d’une famille immigrée alors même que ces membres sont si peu différenciés lorsqu’il s’agit de les rejeter tous, les jeunes et les moins jeunes, au nom de la « préférence nationale ».

À des années-lumière du star-system, Fatima et ses actrices inconnues (Soria Zeroual, Zita Hanrot et Kenza Noah Aïche) ont déjà fait verser des larmes à plus de 250 000 spectateurs tout en les laissant, au final, sur une impression de douceur et de luminosité qui rend ce cinéma-là infiniment précieux. Le film est toujours à l’affiche.

Fatima, de Philippe Faucon, prix Louis-Delluc 2015 (En salles depuis le 7 octobre)




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