Marguerite et Julien

Elle parvient à transformer le venin en coulis de framboise. Elle, c’est la fée Donzelli, Valérie de son prénom. Quand tant d’autres (Un Gaspar Noé par exemple…), par l’odeur alléchée du tabou, auraient traité sur le mode sulfureux et toxique la passion incestueuse qui est au cœur de Marguerite et Julien, la réalisatrice de La Guerre est déclarée opte au contraire pour le conte enchanté et l’épiphanie romanesque. Le spectateur est aux anges.

Exactement comme les fillettes de l’orphelinat à qui une jeune surveillante, au début du film, raconte l’épique, la triste et véridique histoire de Marguerite et Julien Ravalet, exécutés le 2 décembre 1603 en place de Grève, à Paris, pour avoir été à la fois amants et frère et sœur. Ce dispositif de narration n’est pas anodin. Dans l’orphelinat, les gamines transforment les deux jeunes amoureux en héros, se fichent comme de l’an 40 de l’inceste, de l’interdit. Enfin, peut-être pas de l’interdit, justement. Marguerite et Julien contre le reste du monde, c’est bien cela qui les fait palpiter.

L’interprétation gorgée d’élan et de fraîcheur d’Anaïs Demoustier et surtout de Jérémie Elkaïm éloigne encore d’avantage de l’écran toute trace de fiel et de soufre. On devine à quel point ce parti-pris a pu dérouter les festivaliers blasés, à Cannes, au printemps. C’est pourtant bien ce qui emporte l’enthousiasme, au-delà même des anges-gardiens que s’est choisie Valérie Donzelli en reprenant un scénario conçu au départ pour François Truffaut ou en teintant son épopée d’anachronismes façon Peau d’Âne, de Jacques Demy, tellement hanté lui aussi par le thème de l’inceste sans pour autant y sacrifier la fièvre poétique de son univers.

Marguerite et Julien, Valérie Donzelli, sélection officielle à Cannes (Sortie en salles le 2 décembre). Coup de projecteur avec la réalisatrice, ce jeudi 3 décembre, sur TSFJAZZ, à 12h30




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