Knight of cups

Hollywood, morne plaine… Déambulant sa caméra dans les débris existentiels de la Cité des Anges, Terrence Malick y perd tout ce qui en faisait un cinéaste d’exception.

Adieu la beauté immémoriale et la grâce dantesque de Tree of Life… Le film qui avait suivi, À la Merveille, présentait des premiers symptômes alarmants, ne serait-ce qu’au travers de son hypertrophie messianique. Cela restait en même temps l’oeuvre d’un démiurge habité par un art de la symphonie et un pouvoir d’émotion qui devait beaucoup, ceci étant, à l’emprunte charnelle de Rachel McAdams.

Mais cette purge, là, c’est quoi ? Un scénariste à succès (Christian Bale) nous inflige un méga coup de blues. Culpabilité vis-à-vis d’un frère décédé dont la faiblesse d’un père aiguise les tourments? Sentiment de vide face à la perte de sens et de valeurs de son milieu ? Sur le premier point, qui peut rappeler, là encore, les moments les plus saisissants de Tree of Life, le refus obsessionnel de Malick à concevoir le moindre embrayage narratif nous enfonce dans la léthargie.

Quand à la seconde thématique, elle est devenue synonyme de chausse-trape pour cinéastes en mal d’inspiration. David Cronenberg et Paul Schrader se sont eux aussi brûlés les ailes, récemment, dans le bûcher des vanités hollywoodiennes. N’est pas Bret Easton Ellis qui veut. Surtout quand on en vient, comme c’est le cas ici, à caricaturer sa propre démarche esthétique.

Appartements au luxe livide, soirées-champagne sans bulles, défilés de mode… Des lieux sans grâce défilent sous nos yeux tandis qu’une voix-off débite des clichés méditatifs dont le caractère fragmenté ne fait guère obstacle à la lourdeur. La présence de Christian Bale dans un tel désastre nous laisse plutôt indifférent. On comprend que ce type d’acteur veuille ainsi enrichir son CV. Voir Cate Blanchett et Natalie Portman sacrifier au même snobisme et consentir ainsi à un degré inégalé de non-jeu suscite un peu plus d’amertume.

Knight of cups, Terrence Malick (Sortie en salles le 25 novembre)




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