Astronautilus

Face à la surdité éthique du djihadisme en treillis et en souvenir des innocents massacrés au Bataclan, les sonorités punk-jazz de Get The Blessing font figure de manifeste. Assez de joliesse, de guimauve et d’harmonies paresseusement assorties ! En réaction à ceux qui ont envoyé les tueurs dans un endroit où, selon eux, « étaient rassemblés des centaines d’idolâtres dans une fête de perversité », nos oreilles ont justement besoin, en ce moment, d’une musique férocement païenne et aux sombres meurtrissures pour à la fois accompagner et soulager les coeurs meurtris.

Astronautilus remplit parfaitement ce cahier des charges. C’est le 5e album de Get The Blessing, ce discret quartette de Bristol qui comprend en son sein, on le rappelle, la rythmique de Portishead, à savoir Jim Barr à la basse et Clive Deamer à la batterie tandis qu’aux avants-poste Pete Judge à la trompette et Jake McMurchie au saxophone incarnent un versant plus jazz. L’avant-dernier opus du groupe, Love & Antilope, était loin d’être inintéressant, mais on n’y décelait pas encore la dramaturgie structurée qui fait de ce nouvel album une réussite.

L’ouverture donne déjà le ton avec ses basses grondeuses d’où émerge une trompette à la sonorité douce, un refrain cuivré façon Snarky Puppy, puis le solo de saxe carrément « colemanien » (l’album est dédié à Ornette…) surchauffant le magma ambiant avant de serpenter en parallèle. La profonde mélancolie de sa ligne mélodique et la coda bourdonnante de Carapace envoûtent encore d’avantage. Aux accents funky de Monkfish succède une autre tuerie en eaux troubles, Conch. Trompette en apnée, échos et autres effets de reverb’ plongent l’auditeur dans des fonds marins aussi inquiétants que féériques.

La matière de Cornish Native est plus marécageuse, mais la transe est bien au rendez-vous dans ce morceau drivé sur pratiquement un seul accord. On revient peu à peu sur terre avec le très efficace Nautilus, puis c’est le nirvana avec Green Herring dont on pourrait dire que c’est le morceau le plus joyeux de l’album (sublime dialogue saxe/trompette) s’il n’y avait pas ce final explosif et menaçant, le rêve n’étant qu’un prélude au cauchemar.

Les couleurs extraordinairement variées de Hayk (trompette en folie, puis, amorcée par la basse, une ligne mélodique aussi marquante que dans Caparace) et le crépusculaire Sepia complètent cet album hypnotique comme on les aime tout en nous rappelant qu’à chaque fin d’année, décidément, et cela un an tout juste après le choc des Gogo Penguin, il y a toujours des Anglais qui traînent quelque part pour relever nettement le niveau d’ensemble de l’automne discographique.

Astronautilus, Get the Blessing (Naim Jazz). Concert au Duc des Lombards le mardi 8 décembre





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