Out 1

La durée comme transcendance et passeport pour une œuvre-monde. Ainsi opère la magie Out 1, de Jacques Rivette, avec ses 12H40 de pellicule. Grâce à l’abnégation de Carlotta Films, le voici donc enfin ressuscité, ce film-fantôme d’il y a plus de 40 ans avec son casting d’anthologie, son parfum post-68, son intrigue-jeu de l’oie et son écriture si out, justement, entre cinéma expérimental, improvisation et feuilleton populaire.

Paris, 1970. Jean-Pierre Léaud en faux sourd-muet et Juliet Berto en jeune voleuse recherchent, chacun de leur côté, les membres désormais bien installés d’une ancienne société secrète. Parmi ces conspirateurs, Bulle Ogier qui tient une boutique baptisée L’angle du hasardMichael Lonsdale dans la peau d’un théâtreux avant-gardiste ou encore Bernardette Lafont et Françoise Fabian.

Filatures, traques, disparitions, vols de lettres… De ce complot dont Rivette affirme avoir trouvé l’idée dans L’Histoire des treize, de Balzac, on ne saura finalement pas grand chose sinon qu’il semble renvoyer aux désillusions sentimentales et politiques de ses protagonistes dont on soupçonne qu’ils ont écumé quelques barricades, à Paris, deux ans auparavant.

Entrecoupé de répétitions façon Living Theatre plutôt ardues au départ, le film trouve sa respiration à la fois dans un cadre narratif qui captive le spectateur et dans la liberté, subtilement orientée par Rivette, laissée aux acteurs. Eric Rohmer, qui fait une apparition savoureuse dans Out 1 (il joue un balzacien…) dira, à-ce-propos, qu’il ne « s’agit pas seulement pour le comédien d’affirmer sa présence, ni même d’imposer son personnage, mais purement et simplement de lui frayer un chemin à l’intérieur de la narration et, à l’issue d’un jeu de coudes serré, le hisser au rang de protagoniste ou le faire redescendre à celui de comparse ».

Out 1, c’est la Nouvelle Vague qui rencontre le Free Jazz, c’est un film qui s’invente en direct grâce à pur mélange de fantaisie et de vérité qu’un réalisateur parvient à extraire de sa troupe.  Juliet Berto, encore toute auréolée par la caméra de Godard dans La Chinoise, est mythique à chaque plan. Déjà inoubliable dans L’Amour Fou, Bulle Ogier rayonne progressivement alors que son personnage semble mineur au départ. Une scène entre Jean-Pierre Léaud et Bernadette Lafont préfigure La Maman et la Putain. La crise de sanglots de Michael Lonsdale sur une plage sonne comme un crépuscule. Un cinéma qui s’invente en direct, oui, mais un cinéma qu’on ne refera plus.

Out 1, Jacques Rivette (1970), sortie en salles et en DVD le 18 novembre. À suivre les Matins Jazz et le Coup de projecteur de TSFJAZZ, le jeudi 19 novembre, avec en interviews Bulle Ogier, le producteur Stéphane Tchalgadjieff, le directeur de photographie Pierre-William Glenn et le journaliste et écrivain Noël Simsolo.




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