Made in France

Cinéma de genre ou cinéma d’auteur ? Dans chacun de ses longs-métrages, Nicolas Boukhrief ne cesse de faire un pied-de-nez à des catégorisations dont l’odyssée du film noir américain suffit à questionner la pertinence. Le Convoyeur, Cortex, Les Gardiens de l’Ordre… Autant d’expériences où la maestria rythmique et l’art de la tension n’étouffent jamais ce que le regard peut avoir de généreux, de pudique, de personnel…

Ainsi en va-t-il de ce Made in France qui fonce cash dans l’actualité la plus dramatique alors même que le film a été conçu avant le trauma Charlie-Hebdo. Une cellule djihadiste. Un journaliste infiltré. Des pieds-nickelés du terrorisme qui, pour certains, s’excitent encore en s’identifiant au Scarface de De Palma quand d’autres ont finalement préféré décoller les posters d’Al Pacino pour accrocher à la place des portraits de Mohamed Merah.

Made in France, cette errance mystique. Made in France, ce nihilisme romantique, cet antisémitisme frelaté et cette idéologie du chaos qui ont amené une génération de laissés-pour-compte au « mieux vaut mourir en martyr que mourir comme un con ». On peut à la fois mourir comme un martyr et mourir comme un con, nous dit la caméra de Boukhrief au fil d’un récit qu’on ne lâche pas d’une semelle, les yeux écarquillés sur un danger grandissant même si ces nouveaux embrigadés n’ont plus rien à voir avec les barbus hystériques qu’un certain cinéma a élevés au rang de cliché.

Amateurs de guerre ou guerriers amateurs, les despérados de Made in France ont, de toute façon, la même faculté de basculer dans l’inexcusable sans qu’on en fasse pour autant des monstres. Plus que des précautions de scénario (l’infiltré est Musulman, les éléments les plus fanatisés du groupe sont des convertis…), le genre thriller, dans son humilité même, permet de porter un regard mûr sur cette question que les structures de financement du cinéma français jugeaient « anecdotique » (?) et « marginale » (??) lorsque Nicolas Boukhrief , pendant des années, sollicitait leur concours. Made in France, une telle inconscience?

Le film existe enfin, aujourd’hui, avec son indéniable maîtrise formelle et ses comédiens tout en énigmes (Malik Zidi) ou en combustion (Nassim Si Ahmed, Ahmed Dramé…). Avec aussi cette profession de foi de Nicolas Boukhrief lorsqu’il écrit, dans sa note d’intention: « Tout cela n’a rien à voir avec l’Islam, le vrai. Celui de mon père et de certains de mes amis ». Le thriller comme levier d’humilité, on l’a dit… Comme conscience de soi, également.

Made in France, Nicolas Boukhrief (Sortie en salles le 18 novembre). Coup de projecteur le 20 novembre (12h30), sur TSFJAZZ, avec le réalisateur.




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