The Lobster

C’est étrange comment, cinématographiquement parlant,  la moustache signale désormais la crise du mâle occidental. Après Joaquin Phoenix chez Spike Jonze, c’est Colin Farell qui affiche le même type de pilosité avachie devant la caméra de Yorgos Lanthimos. The Lobster se déploie d’ailleurs dans le même registre que Her, à savoir la fable amoureuse SF même si on est, ici, dans un registre nettement moins romantique.

Le spectateur se voit ainsi transposé dans un hôtel pour célibataires endurcis où l’on ne rigole pas du tout avec le bonheur conjugal. Si au bout de 45 jours le célibataire en question ne trouve pas chaussure à son pied (ou plutôt l’âme sœur, l’entente sexuelle étant loin d’être le seul critère admissible en pareille circonstance…), il sera transformé en animal de son choix. Scénario délirant… Accompagné d’un chien qui n’est autre que son malheureux frère réduit à l’état de l’animal domestique le plus convenu qui soit, Colin Farell préfèrerait plutôt mijoter comme un homard. À chacun son fantasme en matière de réincarnation…

Elle est excellente, cette première partie du film qui oscille entre le cynique, la farce et une indéniable maîtrise formelle. Les choses se gâtent avec l’apparition de Léa Seydoux, mais on veut bien jurer que cela n’a aucun rapport avec les strates successives de déplaisir que cette comédienne traîne quasi-systématiquement dans son sillage, même si on s’est surpris à la trouver craquante -et surtout, formidablement humaine- dans le récent Journal d’une femme de chambre de Benoît Jacquot.

Quoiqu’il en soit, il n’y a pas plus tue-l’amour, dans tous les sens du terme, que de la voire débarquer en amazone des forêts dirigeant sans pitié une escouade de résistants à l’ordre conjugal. D’autant plus qu’elle leur interdit formellement la moindre relation sexuelle ou affective. Deux barbaries vont ainsi s’opposer, ce qui entraîne Yorgos Lanthimos dans un schématisme moral beaucoup moins intéressant que ce que le début du film laissait espérer.

Le hiatus romantique (à contrario de tout ce qui a précédé !) que représente la rencontre fort écologique entre Colin Farell et Rachel Weisz finalise la dislocation du récit, lequel s’embarque dans des directions dont on maîtrise de plus en plus mal le sens. Ainsi décroché, nous voici devant l’écran aussi léthargique qu’un homard alors que le film démarrait franchement à la vitesse d’un espadon. Là encore, question de réincarnation…

The Lobster, Yorgos Lanthimos, Prix du Jury à Cannes (Sortie ce 28 octobre)




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