Chronic

Michel Franco ou l’anti-Haneke. Si le réalisateur mexicain cultive la même noirceur clinique que son aîné autrichien, il n’a pas recours à cette fameuse théorie de la violence  hors-champ qui conduit parfois Michael Haneke aux confins de l’hypocrisie.

Prenez cette séquence des enfants battus à coup de verge dans Le Ruban Blanc. La caméra de Haneke se tient à distance, braquée sur une porte close. Pudeur et sens de l’émotion, comme certaines belles âmes l’ont dit à l’époque, ou tartufferie d’une écriture refusant d’assumer jusqu’au bout sa fascination pour le maléfique ? Chronic se veut beaucoup plus cash, frontal et infiniment prenant.

Dans la peau d’un aide-soignant introverti, Tim Roth (énorme composition !) se tape le sale boulot sous nos yeux, notamment lorsqu’il s’agit de laver les malades. Ce n’est pas toujours propre, un malade, mais le film n’en reste pas qu’au stade du biologique. On y entend constamment des battements de cœur. L’infirmier prend les patients dans ses bras, et pas seulement pour les soulever. Après leur décès, il s’approprie une partie de leurs biographies et la mélange avec son propre drame personnel lorsque, autrefois, il a aidé son fils à mourir.

On a connu sujet (et traitement de sujet) plus glamour, c’est vrai. Chronic est en même temps nimbé d’ouvertures fugaces qui en aèrent le dispositif. Une parole libérée entre un père et sa fille, un vieil homme qui s’esclaffe devant une vidéo coquine, un brin de verdure devant une maison… De quoi rendre encore plus cinglant l’ultime plan, cette expulsion de l’écran, pour ainsi dire, du personnage principal… En prolongeant ainsi le refus de tout regard biaisé sur un matériau filmique, Michel Franco s’inscrit dans une éthique du 7e art qui mérite amplement d’autres développements.

Chronic, de Michel Franco, prix du Scénario au festival de Cannes (Sortie en salles le 21 octobre)




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