Victor Hugo vient de mourir

« La nouvelle court les rues, les pas-de-porte et les métiers, on entend l’autre dire qu’il est mort le poète ». Vivacité d’une écriture. Il est pourtant question d’une agonie, d’un trépas et d’un enterrement, mais lorsqu’il s’agit de raconter comment Paris a dit adieu à Victor Hugo, le 1er juin 1885, Judith Perrignon trouve des accents qui n’ont rien de macabre.

C’est un drôle de Paris, à vrai dire, qui vibre sous la plume de la romancière et journaliste. Oscillant entre l’épique et l’intime, s’appuyant également sur un vrai boulot d’investigatrice dans les archives de la République, Judith Perrignon exhume une ville-fourmilière dont chaque strate « tire le mourant pour le faire tomber de son côté ».

Républicains, socialistes, catholiques, anarchistes… Ils sont légion à se disputer le cadavre de Victor Hugo. L’Église perd la première manche, l’écrivain ayant refusé tout sacrement. La République gagne la seconde. Le père des Misérables, elle préfère le sanctifier « pour mieux l’assécher comme un dangereux mercure », lui offrant à la fois le Panthéon et des obsèques de Maréchal. Et les Valjean, les Fantine, les Gavroche, n’avaient-ils pas eux aussi leur mot à dire ?

Ils se seraient plutôt, eux, donnés rendez-vous du côté du Père Lachaise, au cœur du Paris ouvrier. Mais au Père Lachaise, la police a sorti les baïonnettes. Elle a sabré les proscrits de la Commune qui s’étaient rassemblés devant le Mur des Fédérés quelques jours avant les obsèques… Des obsèques qui auront lieu un lundi, pour éloigner un peu plus ceux qui sont à l’usine ce jour là. On prendra bien soin, également, de faire passer le cortège boulevard St-Germain, aux antipodes du prolétarien Faubourg St-Antoine. « Le Panthéon aura toujours le parfum d’une révolution fanée », écrit Judith Perrignon.

Il y en aura pourtant, du monde, à l’enterrement d’Hugo avec, au final, cette « longue phrase libératrice » cheminant au travers d’un cortège funèbre. Une phrase qui a débuté avant Hugo mais qui se poursuit après lui même si notre torpeur démocratique et nos algorithmes économiques en ont, aujourd’hui, dénaturé le sens. « Alors doucement les hommes sont retournés prier dans les églises. Et le présent ressemble étrangement à ce qu’Hugo appelait passé ».

D’autres continuent, heureusement, à transmettre la flamme. Avec en renfort une plume et une sensibilité (ce livre, Judith Perrignon l’a dédié à son père) qui toucheront au plus profond du cœur ceux qui croient encore, comme le disait le poète, que « la vie générale du genre humain s’appelle le Progrès ».

Victor Hugo vient de mourir, Judith Perrignon (Éditions de l’Iconoclaste). Coup de projecteur avec la romancière, ce mercredi 21 octobre, sur TSFJAZZ, à 12h30.




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