L’homme irrationnel

Il se prend pour David Lodge, à présent… Avec L’Homme Irrationnel, Woody Allen plante sa caméra dans un campus de Newport où un prof de philo taciturne, alcoolo et dépressif tient la vedette. C’est Joaquin Phoenix qui se prête à l’exercice sans trop y croire tant son personnage multiplie les platitudes existentialistes.

Il n’en faut pas plus, toutefois, pour faire craquer une Emma Stone parfaitement caricaturale, elle aussi, en étudiante prête à abjurer sa foi kantienne au contact d’un sartrien à la virilité aussi fragile qu’ombrageuse. De cette alliance des contraires déjà mille fois vue, Woody Allen épuise rapidement les charmes. Jusqu’à oser une transition grossière qui voit le couple universitaire surprendre une conversation dans un restaurant à-propos d’un méchant juge faisant des misères à une femme en instance de divorce.

Le film se met alors à bifurquer (pour y patauger…) vers une ambiance thriller façon Match Point, l’élégance en moins, même si la direction de photographie parvient à sauver quelques meubles. Instincts criminels et sexuels réveillés dans le même élan, Joaquin Phoenix devient, au final, l’incarnation du réel en action dans un registre sous-dostoïevskien déconnecté de toute crédibilité.

Peiné par un tel manque de finesse que le si frais et lumineux Magic in the Moonlight avait pourtant mis entre parenthèses, le spectateur pourrait, à la limite, se laisser surprendre par l’irruption bienvenue, au rayon B.O., d’un grand pianiste des sixties dans un univers jazzistiquement scotché, jusqu’ici, aux années 30 et 40. Seulement voilà. Aussi entraînant soit-il (notamment sur les ondes de TSFJAZZ…), le The ‘In’ Crowd de Ramsey Lewis a le mauvais don, ici, de monopoliser tout l’espace musical du film jusqu’à l’asphyxier. Quand tout est raté, décidément…

L’Homme irrationnel, Woody Allen (Sortie le 14 octobre)




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