Lontano

Il était temps ! Malgré ses succès réguliers au box-office du thriller et le côté de plus en plus garni d’une bibliothèque curieusement peuplée de ses seuls ouvrages (et des traductions qui vont avec…), plus rien ne semblait rattraper la mayonnaise Jean-Christophe Grangé. De Miserere à La Forêt des Mânes, l’auteur bâclait ses profils d’enquêteurs et s’épuisait dans on ne sait quelle remontée vers « le Mal primitif et préhistorique », souvent incarnée au passage par des enfants monstres. Lontano renoue, heureusement, avec le niveau de La Ligne Noire et du Serment des Limbes, et cela grâce à quelques ajustements bienvenus.

Première surprise, la saga familiale qui vient se superposer à l’enquête… C’est nouveau, chez Grangé, cette double attirance vers les Atrides et les Rougon-Macquart au sein d’une dynastie putréfiée sous les ors de la République. Le père est un vieux barbouze auréolé d’une réputation de Pasqua de gauche, la mère une ex-hippie, le fils aîné bosse au 36 quai des Orfèvres, le cadet oscille entre la coke et la haute finance tandis que la petite frangine, qui se rêve actrice, croit pouvoir accéder au Cours Simon en jouant les escort girl. Ainsi gratinée, l’intrigue lorgne beaucoup moins vers le blockbuster lourdaud que vers la série-télé addictive.

Le terrain de jeu est tout aussi fertile. Le récit débute sur un bizutage ayant mal tourné dans une base aéronavale bretonne, avec en guest-star le porte-avions Charles-de-Gaulle dont l’apparition au milieu d’une tempête possède les accents bibliques de Jonas avalé par la baleine. Mais le vrai continent de Lontano, c’est l’Afrique, et plus précisément l’ex-Zaïre, en souvenir d’un terrifiant homme-clou suppliciant autrefois ses victimes et qui semble furieusement vouloir réapparaître à titre de vengeance posthume, notamment au dépens de notre patriarche-barbouze qui l’avait neutralisé à l’époque.

C’est aussi la façon dont Jean-Christophe Grangé écrit sur l’Afrique qui emporte définitivement l’adhésion, cette Afrique « qui vous colle  aux pompes et vous dégouline dans le cou » et où la violence des caractères coexiste avec « des trésors de finesse et de sensibilité artistique ». Remuant les clichés mais sachant également les transvaser au travers d’une lecture pas si apolitique qu’elle s’en donne l’air, l’auteur des Rivières Pourpres parvient ainsi à rester à flot jusqu’à la dernière page, et cela pour notre plus grand plaisir.

Lontano, Jean-Christophe Grangé (Albin Michel). Coup de projecteur avec l’auteur, ce lundi 5 octobre, sur TSFJAZZ (12h30)




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