La septième fonction du langage

Hilarante, cette Septième fonction du langage ? Plutôt balourde, en vérité… Imaginant que la mort de Roland Barthes, en 1980, ait résulté d’un assassinat plutôt que d’un accident, Laurent Binet immole la sensibilité et l’intuition qu’on lui connaissait depuis HHhH sur l’autel d’une vaste pantalonnade tenant à la fois de la sémiologie pour les nuls et d’un nihilisme caricatural vis-à-vis d’une génération d’intellectuels dont les carrures, pour beaucoup d’entre eux, avaient autrement plus d’épaisseur que sa plume.

Foucault, Derrida, Althusser, Sollers et autres BHL… Ils sont tous là, plus Umberto Ecco pour donner au casting un caractère international. À ce name dropping vient s’ajouter tout le panel politique de l’époque, de Giscard à Mitterrand et de Ponia à Fabius. On croit discerner, ici ou là, l’envie de dénoncer l’évolution d’une partie de cette intelligentsia vers la « peoplisation » et le conformisme, mais Binet ne patauge-t-il pas lui-même dans ces écueils en mettant tout le monde dans le même sac ?

La trame romanesque elle-même, volumineuse à l’excès, fait peine à lire. Un improbable tandem d’enquêteurs -le flic bourru flanqué d’un jeune prof de fac- s’efforce de débroussailler le graal linguistique dont Barthes aurait été la source, cette fameuse  septième fonction du langage décuplant les talents oratoires de son propriétaire. L’enquête se fourvoie dans le peu d’envergure de ses enquêteurs. Quant aux « enquêtés », il perdent eux aussi toute la saveur liée à leur notoriété lorsque l’auteur les embarque dans des « logos club » où se déroulent de fastidieuses joutes verbales au parfum SM.

Au final, Derrida est bouffé par des chiens et Sollers finit émasculé. Foucault campé dans son sauna arrache un sourire, mais il aurait fallu un romancier à la férocité plus aguerrie pour briller véritablement dans l’irrespect. Du coup, l’ouvrage oscille entre canular « adulescent » et numéro de cancre. Cela peut éventuellement suffire pour minauder en tête de gondole dans les grands magasins. L’indifférence des personnalités encore vivantes citées dans le roman donne la mesure, en revanche, du peu de considération qu’inspire Laurent Binet. Son bouquin était censé agiter le Tout-Paris. Un mois après sa sortie, n’en surnage -mais après tout, elles se ressemblent toutes- que la septième fonction du clapotis.

La septième fonction du langage, Laurent Binet (Grasset)




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