Youth

Désabusés, cyniques et solitaires dans l’âme, les personnages de Paolo Sorrentino jouent les caméléons avec leur époque. Ou alors ils font semblant. L’air du temps est à la vulgarité, au ventripotent, au culte du mauvais goût ? Soit. Ils végèteront de ce côté-ci du genre humain, sans pour autant sacrifier la mélancolie et l’élégance qui leur confèrent encore un peu de dignité. Puisque tout est devenu clownesque, autant se donner l’allure de clowns tristes.

Le spectateur n’aura ainsi guère de difficulté à faire le trait d’union entre l’écrivain raté de La Grande Bellaza traînassant son mal-être dans les fêtes romaines des années Berlusconi et les deux pensionnaires crépusculaires  d’un hôtel de luxe helvétique, écrin doré (et alpestre) du nouveau film de Sorrentino. Michael Caine campe un chef d’orchestre lymphatique et misanthrope, Harvey Keitel un cinéaste has been… Au soir de leur de vie, ces deux là s’efforcent encore, entre deux conversations désenchantées sur leurs problèmes de prostate, de capter ce qui participe encore de la beauté du monde au milieu de l’abêtissement métastasé.

D’où la curieuse et fascinante collision, tout au long du film, entre le grotesque et le baroque, la dérision et la féérie, l’esbroufe et le visionnaire. On peut sciemment ne retenir qu’une partie du tableau, à l’instar des détracteurs du cinéaste italien qui ont redoublé de hargne au dernier festival de Cannes. On peut aussi préférer applaudir Sorrentino en panoramique, hurler de rire en reconnaissant dans l’un des pensionnaires de l’hôtel une caricature de Maradona obèse, être bluffé par l’apparition de Jane Fonda en vieille sorcière hollywoodienne, tout en s’émerveillant des épiphanies picturales que le metteur en scène déploie sous nos yeux.

Une vénus plongeant dans une piscine d’hôtel ou déambulant sur une passerelle vénitienne au milieu des eaux, une symphonie de clochettes et de meuglements au pied des montagnes, des actrices démultipliées dans un pré comme pour mieux saluer le réalisateur qui a donné vie à leurs personnages… Autant de séquences fabuleuses qui témoignent de l’audace narrative et visuelle de Paolo Sorrentino. Moins aérien et plus statique, peut-être, que La Grande Bellaza, son nouvel opus s’impose néanmoins par son ampleur, sa finesse d’interprétation (Michael Caine en tête), et sa flamboyance d’esprit et de mise en scène, quoiqu’en disent les mauvaises langues.

Youth, Paolo Sorrentino, sélection officielle au festival de Cannes. (Sortie en salles le 9 septembre)




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