Alfred Hitchcock présente (The Alfred Hitchcock Hour)

Un générique de rêve, déjà… Grinçante et malicieuse, la Marche funèbre d’une marionnette que compose Gounod en 1872 va bercer plusieurs générations de téléspectateurs complètement dingues de la série Alfred Hitchcock présente. D’abord formatés sur 26 mn, les récits s’allongent jusqu’à 48 minutes à partir de 1962 tandis que la série est rebaptisée The Alfred Hitchcock Hour. C’est justement cette « heure hitchcockienne », plus dense et plus envoûtante encore que les mini-épisodes des années précédentes, dont l’éditeur Elephant Films nous restitue en DVD la 1ère saison, avec en bonus 11 histoires n’ayant encore jamais été diffusées en France.

Un seul épisode porte la signature d’Hitchcock dans cette première saison, et il n’est pas forcément le plus représentatif de son univers malgré un prologue étonnant. Les autres téléfilms, en revanche, font carrément office de laboratoire télévisuel pour les projets sur grand écran du maître du suspense. Constat paradoxal alors même que ces épisodes sont confiés à des réalisateurs méconnus (à l’exception d’un certain Sydney Pollack). On y retrouve, pourtant, une patte hitchcockienne, un zeste d’angoisse, de grosses louchées de macabre et quelques épices d’humour noir.

Des thématiques qui ne nous sont pas inconnues affleurent, également : l’emprunte de la religion, le voyeurisme, le transfert de culpabilité, la hantise du faux coupable ou encore la crise du mâle américain au coeur d’une société consumériste qui lui bouffe l’âme, à l’instar des apartés au vitriol de Sir Alfred au début de chaque récit (ou à « l’entracte ») contre les tunnels publicitaires qui financent et polluent à la fois l’émission…

Quelques épisodes, dans ce canevas qui tient également compte des paramètres moraux de l’époque (le combat contre l’alcoolisme, par exemple….) , sont nettement au-dessus du lot, à commencer par Annabel ou le prodigieux Dean Stockwell campe une sorte de Norman Bates s’imaginant vivre au côté de l’élue de son cœur dont il ne pourra qu’abréger l’existence s’il veut perpétuer son inquiétante fantasmagorie. The Thirty-First of February et son calendrier de bureau détraqué marquent tout autant l’esprit ainsi que les machiavéliques The Tender Poisoner et House Guest.

Et puis c’est une pépinière de futures stars, cette série ! La faiblesse de certains épisodes se trouve ainsi largement compensée par le bonheur de reconnaître à l’écran Robert Redford en joueur de poker, Peter Falk en prédicateur beaucoup moins débonnaire que le futur Columbo, Gena Rowlands en blonde idéale pour film noir ou encore Jayne Mansfield affublée d’une perruque aux cheveux courts… Autant de convives de haute volée pour un programme qui mérite vraiment sa réputation de série d’anthologie.

Alfred Hitchcock présente… Les Inédits. The Alfred Hitchcock Hour. Saison 1 (Coffret 5 DVD /Elephant Films/Universal)




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