Pellucidar (A Dreamers Fantabula)

Adorant passer d’une galaxie à l’autre, John Zorn s’est arrêté à Pellucidar, ce continent-coquille tout droit sorti de l’imagination débridée d’Edgar Rice Burroughs, le papa de Tarzan. La terre est creuse à Pellucidar. Pas d’étoiles, pas d’horizon. Le soleil fait office de noyau, planté au milieu du ciel, immobile. Il ne fait jamais nuit.

Soudain, des cordes enténébrées dans la fournaise, une trille magnétique façon Sergio Leone… C’est Marc Ribot qui dégaine sa guitare dés la seconde plage du disque, Gormenghastdt, dont le titre fait d’ailleurs référence à un autre cycle d’Heroic Fantasy. Sauf que ça met aussi une sacrée ambiance à Pellucidar, cette tuerie, après le doux préambule sur tapis volant qu’a constitué Magic Carpet Ride.

Ribot à Pellucidar, en fait, c’est un peu le premier des six (et non plus quatre) Cavaliers de l’Apocalypse, mais une apocalypse en forme de guirlandes. Car lorsque les Dreamers -puisque c’est bien d’eux dont il s’agit ici- mettent le feu quelque part, c’est toujours avec un art immaculé du scintillement.

Oyez, oyez, les voilà donc de retour ! Marc Ribot, mais aussi Jamie Saft, Kenny Wollesen, Trevor Dunn, Cyro Baptista et Joey Baron, virevoltant sur un nouveau  matériau compositionnel « zornien » déconnecté du répertoire Masada et qui leur confine une plus grande apesanteur encore que précédemment. Jamie Saft a beau passer du piano au Fender et Kenny Wollesen prendre plus d’ascendant au vibraphone, le sortilège est intact. Au-delà même du dosage entre easy-listening, surf ou exotica, c’est d’abord dans un univers irréel et soyeux que se déploie cette musique sans grumeaux dont l’harmonie ciselée dessine des alliances de timbres plus magiques les unes que les autres.

Un monde englouti -celui d’Atlantis- émerge sur des rythmes gorgés d’allégresse, A Perfume From Cleopalis exhale un riff bluesy tandis que des effluves orientalisantes amplifient notre bonheur sur le morceau éponyme de l’album… La terre restera-t-elle aussi creuse à Pellucidar après la folle et onctueuse cavalcade de John Zorn et de ses dantesques Dreamers ?

Pellucidar (A Dreamers Fantabula), John Zorn, The Dreamers (Tzadik/Orkhestra)






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