Microbe et Gasoil

On ne rigolait pas trop, autrefois, au lycée Hoche de Versailles. Dans le rétroviseur de ses souvenirs personnels, Michel Gondry a pourtant retrouvé quelques bribes de fantaisie et d’évasion propices à un joli parfum d’été sur les écrans français.

Microbe et Gasoil vont donc prendre la route et ne pas la rendre, comme le résume astucieusement le slogan du film sur l’affiche. Microbe, c’est Gondry lui-même. Timide, gringalet, bourré de fantasmes mais pas trop enclin à les extérioriser, surtout lorsqu’on est chevillé à une mère typiquement classe moyenne (Audrey Tautou, étonnante…) parfois bien envahissante même si elle ne s’en rend pas compte. Gasoil, c’est le pote qu’on rêve tous d’avoir. Un bagout de folie, une maturité indéniable et un esprit railleur pour mieux dissimuler la générosité, ou alors les plaies mal cicatrisées d’un milieu social difficile.

Ces deux-là pactisent, enrobent un moteur de tondeuse avec des planches de bois et filent jusqu’aux confins du Morvan à bord de la voiture-maison qu’ils ont inventée. C’est à la fois frais et suranné, décalé et inventif, fidèle aux figures de l’enfance (la fête foraine) mais aussi aux lubies d’un cinéaste pas si fleur bleue qu’il s’en donne l’air (le bordel coréen). Il reste, en même temps, ce pêché (trop) mignon de sentimentalisme qui édulcore parfois ce que l’univers de Michel Gondry a d’iconoclaste. L’interprétation du jeune gars qui joue Microbe s’en ressent alors que son comparse, au contraire, crève l’écran. On n’est guère plus convaincu par la séquence politiquement correcte sur les Roms qui arrive comme un cheveu sur la soupe.

Moins acéré que The We and the I avec lequel il partage, outre la modestie du budget, la même jeunesse d’esprit et de récit, Microbe et Gasoil laisse donc un peu le spectateur sur sa faim sans pour autant le fâcher avec l’un de nos cinéastes les plus inventifs, à l’instar des dialogues épicés qui essaiment cette jolie balade et dont savoure à quel point ils sont déconnectés de tout tic de langage. Exactement comme Gondry lui-même, créateur déconnecté de tout ce qui sent le moisi mais qui gagnerait d’avantage, peut-être, à laisser éclore son côté bad boy.

Microbe et Gasoil, de Michel Gondry (Sortie en salles le 8 juillet)




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