Hommage à Eddy Louiss et à sa musique sans visa…

Il y a six ans, sortait sur le label Tempo 111 le coffret D’un Jour à l’Autre reprenant cinq CD d’Eddy Louiss de 1976 à 1992, entre afro-jazz funk, groove bariolé et fanfares multicolores. Ce fut l’occasion d’un chouette moment, sur TSFJAZZ, avec le fils d’Eddy Louiss, Pierre. On vérifia, à cette occasion, que l’organiste le plus pétillant de la planète jazz, dont on vient d’apprendre le décès à l’âge de 74 ans, n’était pas seulement le sideman attitré de Claude Nougaro ou le joyeux Frenchie qui stupéfiait, à une certaine époque, Stan Getz et Kenny Clarke. Voici ce qui avait été bloggué à l’époque:

Eddy Louiss est hors catégorie. Le coffret D’un jour à l’autre qui vient de sortir sur le label Tempo111 à l’initiative de son fils, Pierre, en est une magistrale démonstration. Inimitable et surtout n’imitant personne, l’organiste s’y révèle comme l’un des premiers grands groovers de la scène hexagonale.

C’est d’abord le CD Histoire sans parole qui retient l’attention. Enregistré un peu à la bohème, d’abord dans un camion-studio, puis au studio 2000 de la rue de Clignancourt au milieu des années 70, le disque n’était encore jamais sorti en CD. Dans les notes de livret, le producteur de l’album, Gaétan Hervé-Dupenher, souligne à quel point Histoire sans parole est entré en résonance avec les sonorités africaines tout en s’affichant ouvertement crossover. Canon fut un tube dans toute l’Afrique de l’Ouest et on ne se lasse pas de réentendre ces deux climax zodiacaux que sont Sagittaire et Capricorne. Dans ce dernier morceau, Eddy Louiss, soudainement infidèle à son instrument de prédilection, développe un jeu lyrique à la trompette -c’était l’instrument de son père- qui prouve qu’il a plus d’une corde à son arc.

Les autres trésors du coffret nous ramènent aux années 80 et 90… Avec Sang Mêlé et Wébé, Eddy Louiss va plus loin dans les synthés et les nouvelles technologies, mais sa musique reste imprégnée d’une indéniable humanité. Paco Sery à la batterie et Dominique Pifarely au violon métissent encore d’avantage un univers déjà bien bariolé à souhait. Quoi de commun entre le langoureux Espanol et le pétillant P’tit Bill au pays de Lauzanette ? Poser la question, c’est affronter plein pot l’énigme Eddy Louiss, globe-trotter d’une musique sans visa qui gambade joyeusement du swing à la biguine en passant par le blues et le funk…

L’aventure de la multicolor feeling fanfare permet peut-être de mieux cerner le personnage. L’enregistrement studio et le concert live à Banlieues Bleues donnent à entendre une véritable joie collective et démocratique… Avec des musicos de calibre (Richard Galliano, Daniel Huck…) mais aussi des dentistes, des directeurs d’école, et plein d’autres anonymes, Eddy Louiss ouvre la porte à une orgie de cuivres, de rythmes et de couleurs, notamment sur un morceau comme Come on DH… C’est dans ce paradigme de la fête et du rassemblement qu’Eddy Louiss est profondément jazz, à la « démesure » de ces expériences passées avec Stan Getz, Kenny Clarke ou encore Michel Petrucciani.

Eddy Louiss (2 mai 1941-30 juin 2015)




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