Akö

À l’ombre d’un banjo, d’un trombone et d’un violoncelle, l’été sera aussi doux qu’une chanson de Blick Bassy. Qu’importe que l’album soit sorti début avril! C’est l’été qui devrait en embellir les délicates exhalaisons et le spleen ensoleillé d’une voix effleurant tout ce qu’elle touche, mais non exempte de profondeur lorsqu’elle évoque la sagesse des anciens et cette vérité de l’âme à laquelle nul n’échappe lorsque s’éloigne le bruit des villes.

Un album d’été, forcément, se mûrit pendant l’hiver. On est dans le nord de la France, il fait froid. La chaudière a flanché dans la piaule où le jeune songwriter-guitariste tente de se réchauffer en pinçant quelques cordes devant la photo épinglée d’un vieux bluesman du Delta. Skip James, que Wim Wenders a célébré dans The Soul of a Man, avait lui aussi le timbre haut.

Quand un chanteur noir baissait la voix au temps de la Ségrégation, ai-je lu quelque part, il y avait toujours un Blanc pour lui balancer : « Toi, là-bas, reprends ta voix de Nègre ! »… Voix de tête, mais tête haute. Doté d’un timbre moins écorché mais tout aussi aérien, Blick Bassy s’inspire de l’ancien Hobo redécouvert sur le tard (Les droits d’auteur pour la reprise de l’une de ses chansons paieront la note d’hôpital de Skip James au moment de son cancer…) pour suivre ses propres fils mémoriels, jusqu’au souvenir d’un griot ambulant qui faisait le tour des villages dans son Cameroun natal lorsqu’il était enfant.

Résultat:  Akö, album en langue bassa tout en suspension entre quête de soi et recherche de l’altérité jusqu’à faire résonner, entre deux cuivres discrets, un soupçon de fanfare néo-orléanaise au parfum de magnolia. L’aquarelle de Blick Bassy prend parfois les couleurs d’une bossa nonchalante, d’un reggae alangui ou d’un blues des bayous. On peut aussi swinguer sur un Wap Do Wap essaimé de pincées d’harmonica signées Olivier Ker Ourio, s’émerveiller de la trame à la fois si dépouillée et si intense de certaines mélodies (Lon) ou encore s’imprégner des chœurs discrets de Ndjé Yèm ou de ceux, plus crépusculaires, de Ndjèl.

Ciselé comme une perle rare, le folk afro-blues de Blick Bassy est aussi intime qu’un combo jazz et d’une sincérité jamais encombrante. Quand on l’écoute, on pense au gosse amoureux dans L’Argent de poche, de François Truffaut, gratifiant la maîtresse de maison d’un « Je vous remercie pour ce frugal repas ».

Akö, Blick Bassy (No Format)




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