Victoria

Même pas peur. Lorsque Victoria, jeune Espagnole dansante et espiègle se laisse alpaguer puis encanailler en sortie de boîte par quatre Allemands gentiment dragueurs, elle ne se pose pas trop de questions. On est à Berlin, que diable, pas au métro Stalingrad ! La nuit est cool, cosmopolite, et la petite Espagnole qui vote peut-être Podemos a l’air si insouciante dans cette Allemagne qui martyrise Syriza…

Le spectateur, lui, est moins rassuré, tenaillé d’entrée de jeu par cette figure stylistique du plan-séquence que Sebastian Schipper va déployer sur plus de 2h15. Ce n’est pas un plan-séquence à la Birdman, façon Inarritu, où se connectent différents espaces sensoriels. C’est un plan-séquence beaucoup plus âpre, tout en torpeur et en violence rentrée, annihilant la moindre ouverture vers l’ailleurs malgré un bel épisode d’ivresse sur un toit d’immeuble.

Le film, comme son actrice principale, Lala Costa, déploie une énergie incontestable et un art assez bluffant de la condensation poussée jusqu’à ébullition. On perçoit, en même temps, que le réalisateur est un peu trop arrimé à ses enjeux de mise en scène. Médaille olympique du plan-séquence, certes, sauf que le scénario aurait mérité un meilleur échauffement.

On a quelque difficulté, notamment, à intégrer l’inconscience de Victoria et son aveuglement face aux dangers qui la guettent au contact de ces pieds-nickelés d’Outre-Rhin bientôt compromis dans un braquage sordide. On n’est guère plus convaincu par la séquence-entracte un peu lourde et un brin mélo, dans le café, où la jeune femme dévoile son passé de pianiste brimée désormais prête à tenter le diable pour mieux savourer sa liberté retrouvée. Plus problématique, encore, l’hystérisation de la mise en scène lorsqu’elle passe au stade thriller…  Braquage en temps réel ? On retient surtout une caméra à l’épaule qui, sur la durée, donne un peu le tournis. On aurait voulu être happé, on n’est pas loin de l’étouffement.

Victoria, Sebastien Schipper (Sortie en salles le 1er juillet)



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