Tale of Tales

Pas de Grand Prix du Jury, cette année, pour l’Italien Matteo Garrone dont le festival de Cannes a déjà consacré à deux reprises le travail, notamment pour l’austère Gomorra. Son nouvel opus, Tale of Tales, a sans doute pêché dans l’art du contrepied, le festivalier n’étant pas franchement habitué, en ce qui concerne ce réalisateur, à un ton aussi enjoué, ludique et fantasmagorique.

On reste à Naples, d’une certaine manière… Sauf qu’au décor sordide de Gomorra succède l’univers bien plus bariolé de Giambattista Basile, une sorte de Charles Perrault napolitain dont Bruno Bettelheim aurait fait son miel tant ses récits faussement naïfs regorgent de perversité plus ou moins masquée.

Trois contes, agencés avec un art qui n’est pas sans évoquer certaines séries américaines, ont ainsi retenu l’attention du réalisateur. Dans le premier, une reine (Salma Hayek) en quête de maternité finit par accoucher après avoir fait cuisiner par une vierge le cœur d’un monstre marin, ce qui ne l’empêchera pas d’être plutôt ingrate avec son jumeau de fils (la vierge, de statut social inférieur, a enfanté le même type de rejeton).

Le second récit, sans doute le plus fascinant, voit un roi (Toby Jones)  s’attacher à une puce géante pour laquelle il sacrifiera sa fille en la jetant dans les bras d’un ogre bien peu séduisant mais pas si inhumain qu’il en a l’air. Le troisième conte, enfin, nous offre un Vincent Cassel tout aussi royal mais bien plus libidineux en train de courtiser une dulcinée dont il ignore qu’elle a, en réalité, la peau tannée d’une vieille sorcière.

Truculente et enlevée, la mise en scène n’affecte aucune distanciation vis-à-vis de ces trois récits où se décline, sur fond d’aveuglement des puissants, une capacité de résistance au féminin pluriel. Visuellement, on est aux anges, d’autant plus que Matteo Garrone va parfois chercher du côté de David Cronenberg pour filmer les monstres qui lui tiennent à cœur. La B.O. d’Alexandre Desplat, enfin, est particulièrement inspirée dans le genre comptine mystérieuse aux relents baroques. Palme d’or hors de portée ? Peut-être. Les attributs de ce cinéma malicieusement saupoudré sur l’autel du « il était une fois… » ne sont pas à négliger pour autant.

Tale of Tales, Matteo Garrone (Sortie en salles le 1er juillet)




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