Commandant X

On a peine à croire que, dans une vie antérieure, la popularité du célèbre commissaire Bourrel des Cinq Dernières Minutes ait pu vaciller face au placide et redoutable Commandant X. Il faut dire qu’elle avait complètement disparu des radars, cette série d’espionnage diffusée pendant trois ans à partir de 1962 et dont l’INA exhume ces jours-ci quatre épisodes en DVD dans le cadre de la collection « Les Inédits du Polar ».

Plus qu’un inédit, une perle rare, un ovni vintage et succulent à plus d’un titre… C’est Michel de Ré, un acteur de théâtre cabotinant tout en rondeur, qui prête vie, sur petit écran, à un authentique officier des services secrets traquant et démasquant les traîtres avant, pendant, et après la Seconde Guerre Mondiale. Ne pas se fier, surtout, à la façon qu’il a de proposer des cachous -sa friandise préférée- à ses interlocuteurs. Pour certains d’entre eux, c’est le début de la descente aux enfers.

Réalisé par Jean-Paul Carrère, qui s’est par ailleurs illustré dans la mise en scène télévisée de pièces de théâtre,  Commandant X doit surtout ses tribulations à un duo de choc: Jacques Antériou, haut-fonctionnaire dépositaire des dossiers qui devaient inspirer la série, et, pour les dialogues, Guillaume Hanoteaux. L’itinéraire de ce dernier a presque valeur d’épisode de la série. Avocat et Résistant pendant la guerre, Hanoteaux se retrouve mêlé, en 1945, à l’assassinat pour le moins mystérieux de l’éditeur collabo Robert Denoël. Radié du barreau, on le retrouve chroniqueur pour Paris-Match à Saint-Germain-des-Près dont il fréquente les clubs de jazz. Il épouse à la même époque Alice Sapritch qu’il avait connue lorsqu’elle s’était imprudemment éprise de Robert Brasillach.

De quoi contextualiser l’apparition de l’inoubliable Folcoche dans l’un des épisodes de la série… Franchement inénarrable en Mata-Hari albanaise, la pipe au bec, elle manipule un malheureux agent se faisant passer pour un vendeur de machines à traire les vaches. « Vous voulez vendre des machines à traire les vaches ? Vendez les vaches en prime ! », lui lance-t-elle avant de lâcher un tonitruant « A votre santé, boucs pouilleux ! »… La série regorge de plusieurs pépites du même genre, à commencer par cet épisode de l’arroseur arrosé, ou comment Commandant X doit à son tour convaincre les agents de la « perfide Albion » où il a débarqué qu’il n’est pas lui-même un traître infiltré par la Gestapo.

Pour le reste, la série n’est pas toujours fidèle au sceau du réalisme grâce auquel elle entretenait, à l’époque, son excellente réputation. Les Allemands, surtout joués par des Français, n’ont pas une once de crédibilité, mais qu’importe ! On est fasciné par l’ambiance antédiluvienne de cette télévision du début des années 60 déployée sans filet, la fiction dramatique se jouant en direct avec, en bonus, quelques inserts filmés intégrés à la trame.

Parallèlement à cette série, l’INA a également sorti en DVD « Le Juge et son bourreau », un polar existentiel inspiré de l’écrivain suisse Friedrich Dürrenmatt. Diffusé en 1974, ce téléfilm âpre de Daniel Le Comte vous enveloppe d’une torpeur toute helvétique qui n’est pas sans attrait, surtout quand l’ensemble est porté  par l’inoubliable Charles Vanel en commissaire hanté par le jugement dernier mais qui ne raterait pour rien au monde, avant l’ultime échéance, la possibilité de confondre le plus innocent des suspects.

Commandant X et Le Juge et son bourreau, les Inédits du Polar, deux DVD signés de l’INA, l’Institut National de l’Audiovisuel. Coup de projecteur, ce mercredi 3 juin (12h30) avec Jacques Baudou, co-auteur de « Meurtres en série: les séries policières de la télévision française ».








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