Yesterday I Had the Blues: the Music of Billie Holiday

C’est Billie au coin du feu, cet album. Lady Day 100 ans après, mais sous le prisme du plus doux des crooners… Un crooner qui donne un peu la clé de ses motivations dans les notes de pochette lorsqu’il se souvient, tout gosse, d’avoir vu la photo d’une « femme très belle émergeant de la noirceur » parmi les vinyles que possédait sa mère.

C’est musicalement, à présent, qu’il s’agit de faire émerger une femme très belle de la noirceur. Belle mission, surtout quand c’est Billie Holiday qu’il faut sauver. Résultat: un tempo tout en délicatesse, la retenue qui jongle avec la chaleur humaine, le timbre modulant entre élégance et sensualité… C’est bien ainsi qu’on le préfère, José James, à l’instar du Tenderly avec lequel il nous baladait déjà l’âme quand il faisait équipe avec le pianiste Jeff Neve. Les tentations électro, néo soul ou funk-hip hop ont repris le dessus, depuis… Et voilà que revient Tenderly.

C’est encore plus beau qu’avant, trio jazz en bonus. Et quel trio ! Ondulant entre le piano de Jason Moran, la contrebasse de John Patitucci et les drums d’Eric Harland, José James n’a jamais été aussi décontracté qu’au contact de ses trois cadors. Et voilà qu’un écrin surgit des solos du pianiste sur Body & Soul et I Thought About You tandis que la contrebasse emmène cette fine équipe dans un blues particulièrement alléchant au moment de Fine & Mellow.

C’est là où ressurgit l’image de la femme très belle émergeant de la noirceur. Dans l’émission The Sound of Jazz (décembre 1957), elle chante, justement, Fine & Mellow. Pas seule. Ben Webster est le premier soliste, puis Lester Young entre en scène. Coleman Hawkins, Roy Eldridge, d’autres encore, sont aussi de la partie. Elle est coiffée en queue-de-cheval et porte des chaussures plates. Ce n’est plus Lady Day… Plutôt la super nana cool à craquer, les traits tirés, certes, mais  avec un regard intense d’où pulse une étrange lueur maternelle quand elle observe les solistes en action. L’ambiance est à la complicité rieuse, patinée de la déchirante mélancolie de ce qui bientôt ne sera plus.

C’est de cette atmosphère apaisée mais aussi marquée du sceau du recueillement dont se nourrit José James dans un album qui, pour être moins foisonnant que celui de Cassandra Wilson paru à la même période, lui est supérieur en émotion et en générosité. Jusqu’aux claquements de doigts et à l’imprégnation gospel sur Strange Fruit. Le cri n’est plus que mélopée, à capella, et ce n’est pas la peine d’en rajouter. Dans le blues le plus épuré, le plus tragiquement calme, une voix de baryton suffit à auréoler l’immémoriale silhouette du Café Society.

Yesterday I Had the Blues: the Music of Billie Holiday, José James (Blue Note)




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