Thomas Enhco au Théâtre du Châtelet

Il s’est habillé classe pour honorer son arrière-grand-mère centenaire, Gisèle Casadesus, qui ne l’a encore jamais vu sur scène. Dés le 2e morceau, pourtant, Thomas Enhco tombe la veste. Tee shirt rose. Belle harmonie de couleurs avec le rouge et l’orangé qui irisent la scène du Châtelet.

Première partie de concert en piano solo, au diapason de son Feathers sorti en mars et qui reste, pour l’heure, le plus bel album de l’année. Surtout lorsque le jeune pianiste entame The Last Night of February, ce doux déchirement au miroir de tourments amoureux dont il accentue encore d’avantage la retenue, sur scène, jusqu’à cette reprise mezzo voce du thème à la fin du morceau. Le titre qui suit -un standard de Gershwin, It Ain’t Neccesarily So- déroule à contrario une vigueur sidérante. Trop appliqué et pas assez mûr, Thomas Enhco ? Le démenti tombe sous une rafale d’applaudissements.

Bartok déclenche le même emballement. On vient de passer à la 2e partie de soirée avec, au côté du jeune pianiste, le violoncelliste Henri Demarquette, issu du classique. Pas triste pour un sou, ce monsieur n’a pas seulement l’art d’habiller merveilleusement Je suis venu de dire, l’un des titres de Feathers. Lorsque ces deux-là reprennent les Six Danses Roumaines de Bela Bartok, c’est un festival. A peine le violoncelle fait-il semblant de prendre trop d’espace que le piano rebondit. Les morceaux, courts, se succèdent comme des vignettes dont l’ensemble trouve une cohérence rythmique époustouflante.

La séquence « agent double » cesse avec l’arrivée d’un pur jazzman, le guitariste new-yorkais Kurt Rosenwinkel. Le duo exulte sur le Pannonica de Monk ainsi que sur composition méconnue mais brillante de Thomas Enhco -« une histoire de fantômes », précise-t-il- écrite dans sa prime jeunesse. Le violoncelliste revient pour le final, Sand creek song, l’autre chef d’oeuvre de Feathers avec un chorus de Rosenwinkel qui en renforce l’envoûtement amérindien.

Soirée magnifique en forme de consécration pour un jeune pianiste qui sait instiller toute la sensibilité requise pour que son bagage technique ne se limite pas à un simple exercice de virtuosité. A la sortie, on croise un ancien Premier ministre qui préfère définitivement les 7 mai aux 21 avril.

Thomas Enhco au Théâtre du Châtelet, Paris, 7 mai 2015.




Une réponse à “Thomas Enhco au Théâtre du Châtelet”

  1. JANELLE dit :

    Ce jeune homme est un don du ciel, bénie des Dieux.
    Sa simplicité, sa sincérité, sa grande sensibilité, et son talent en font un être magique, unique.

    Thomas ENHCO est un génie. Merci d’illuminer nos journées et nos soirées par ces créations justes sublimes.

    Avec toute mon admiration, et mon affection.
    Chantal