Le Roman du jazz 2017

décembre 13th, 2017

La disparition de Pierre Bouteiller, l’année Monk, la déclaration d’amour d’Ahmad Jamal à Marseille… Voici le roman du jazz 2017:

JANVIER 2017

-Pas de Strange Fruit pour l’investiture de Donald Trump. La jeune chanteuse britannique qui voulait reprendre l’hymne antiraciste de Billie Holiday est écartée par les organisateurs.

-Premiers disques 2017, premiers voyages… Le piano de Brad Mehdau crapahute avec la mandoline de Chris Thile, l’Australienne Sarah McKenzie déclare sa flamme à Paris tandis que le contrebassiste Miles Mosley, repéré au côté de Kamasi Washington, se balade du jazz à la soul, en passant par le funk, avec une assurance de surdoué.

-Le phénomène La La Land débarque sur les écrans tout en revitalisant, le temps d’une séquence, l’immémorial Caveau de la Huchette. Avis contrastés, mais le public est au rendez-vous avec près de 3 millions d’entrées pour la comédie musicale de Damien Chazelle.

-Janvier 2017, c’est également un autre film musical -plus discret celui-là- Born to be Blue, consacré à Chet Baker. C’est aussi un pré-parfum de tricentenaire de la Nouvelle-Orléans en 2018 avec la visite à Paris du lieutenant-gouverneur de Louisiane, sans oublier le triomphe du jeune pianiste Fred Nardin lors des grands prix de l’Académie du Jazz.

FEVRIER 2017

-Un premier centenaire -il y en aura d’autres- pour cette année 2017, celui du premier disque jazz, un 78 tours gravé à Chicago le 26 février 1917 par la compagnie Victor, avec en vedette l’OJDB, l’Original Dixieland Jazz Band

- « L’hiver vient » et nous arrache en ce mois de février trois immenses figures : Al Jarreau le chanteur aux sept Grammy Awards, Maurice Vander qui n’était pas seulement le pianiste de Claude Nougaro ou encore Larry Coryell, l’un des guitaristes les plus emblématiques du Jazz Fusion…

- « Elle a l’orteil absolu », a dit d’elle l’un de ses musiciens… Rhoda Scott, l’organiste aux pieds nus, inaugure en fanfare le nouvel label du Sunset avec son Lady Quartet… L’album rencontre son public, jusqu’à cette soirée fin d’année You & The Night & The Music dont Rhoda Scott est la marraine d’honneur.

-Février 2017, c’est également les premiers pas au cinéma, dans Moonlight et Les Figures de l’Ombre, de la chanteuse de R& B Janelle Monae. C’est aussi cette controverse autour d’une nouvelle salle parisienne qui doit renoncer à s’appeler Le Bal Nègre. Belle fiesta, enfin, au Bonafide, le club de Richard Bona à Harlem, pour les 90 ans de Harry Belafonte.

MARS 2017

-Son humour, son élégance, son irrévérence et sa liberté de ton étaient chevillées à l’âme de TSFJAZZ… Quelques jours à peine après Jean-Christophe Averty, autre légende d’un service public de l’audiovisuel digne de ce nom, c’est Pierre Bouteillerqui nous quitte, rejoignant ses idoles, Art Tatum, Oscar Peterson, Stéphane Grappelli ou encore Frank Sinatra.

-Batteur mythique en ouverture du festival Banlieues Bleues… Monument de l’Afrobeat, également.. Ancien compagnon de route de Fela, Tony Allen nous aura réjoui à deux reprises cette année, d’abord avec son EP du printemps en hommage à Art Blakey, ensuite au gré des plages de son album d’automne, The Source, sur le label Blue Note.

-Extinction des lumières -et des micros- aux prestigieux studios Davout. La Ville de Paris a prévu d’y installer une école primaire, une crèche et des logements.

-Mars 2017, c’est également le beau succès d’Eric Bibb avec un album d’actualité, Migration Blues, le week-end John Zorn à la Philharmonie de Paris, le jubilé haut en couleurs du label Black & Blue au Jazz Club Étoile, mais aussi, après Jean Karakos en début d’année, l’adieu à un autre inlassable producteur de labels indépendants, Gérard Terronès

AVRIL 2017

-Thelonious Monk option B.O… La musique enregistrée fin des années 50 par le pianiste pour Les Liaisons Dangereuses de Roger Vadim est enfin exhumée par deux jeunes producteurs français, François Lê Xuân et Frédéric Thomas. De qui lancer en beauté le centenaire de la naissance de Monk…

-Elle aussi, elle aurait eu 100 ans ! TSFJAZZ célèbre Ella Fitzgerald, née le 25 avril 1917. L’occasion de vérifier à quel point l’interprète de How High The Moon a toujours une place à part, et en l’occurrence, ici, une place au sommet, dans le cœur de millions d’amoureux du jazz vocal.

-Son nouveau projet chavire toute l’équipe à la radio… Identité, ou comment un jazz en couleurs se marie si bien avec les timbres rythmiques de l’Océan Indien, consacre le saxophoniste Gaël Horellou. Ce sera notre disque de l’année…

-Avril 2017, c’est également le phénomène Jowee Omicil souffleur décomplexé, le biopic sur Django Reinhardt au cinéma, la Journée Internationale du Jazz qui nous emmène à La Havane, et puis aussi cette drôle d’interview d’Iggy Pop.. Pour ses 70 ans, l’icône punk-rock annonce qu’il va chanter sur un album jazz !

MAI 2017

-Deux grandes voix à l’honneur en ce joli mois de mai… Celle , tout d’abord, de Diana Krall qui signe un retour aux sources jazzistiques avec Turn Up The Quiet, écrin de standards orchestré par le regretté Tommy LiPuma… Beau retour aussi, ou plutôt métamorphose pour une Youn Sun Nah réinventée avec l’album She Moves on. Changement de look, de style, de musiciens… La voix, elle, reste toujours aussi vibrante.

-Concert de printemps pour le trio de l’été… À Jazz sous les Pommiers, du côté de Coutances, Jean-Luc Ponty, Biréli Lagrène et Kyle Eastwood inaugurent une alchimie qui les mènera sur la route de plusieurs grands festivals en juillet et août.

-Qui connaissait encore James Baldwin, ce Frantz Fanon des droits civiques disparu il y a 30 ans. Le cinéaste haïtien Raoul Peck lui consacre un documentaire-coup de poing, I Am Not Your Negro, ou comment, avec les mots de Baldwin, c’est toute l’histoire de la domination blanche sur les Noirs américains qui ressurgit à l’écran avec en arrière-plan sonore Nat King Cole, James Brown et Kendrick Lamar.

-Mai 2017, ce sont également les nouvelles variations néo-orléanaises de Trombone Shorty avec son album, Parking Lot Symphony. Tout aussi bluffant, un autre expert du groove made in Nouvelle-Orléans, le turbulent Nicholas Payton avec son dernier-né, Afro-Caribbean Mixtape. Baptême du feu, enfin, pour une nouvelle revue musicale, M&C-Le son du monde, où le jazz voisine en toute liberté avec d’autres répertoires cousins.

JUIN 2017

-Ahmad Jamal a deux amours, son pays et Marseille… Cinq mois avant son concert-événement au Palais des Congrès à Paris, le légendaire pianiste signe un disque éminemment francophile, Marseille, dédié à la capitale provençale et à sa tradition d’ouverture.

-La Seine Musicale, ce nouveau vaisseau amiral tout confort et tous concerts implanté sur l’île Seguin, dans l’Ouest Parisien, accueille Herbie Hancock… Une soirée diversement appréciée même si la présence de celui qui va également parrainer leNice Jazz Festival le mois suivant est toujours un événement en soi.

-Geri Allen nous quitte trop tôt. Associée à Ornette Coleman, Charles Lloyd ou encore Steve Coleman, cette pianiste fille du Michigan était devenue une grande passeuse des styles et des générations et aussi l’une des rares compositrices à s’imposer dans un milieu surtout masculin.

-Juin 2017, c’est aussi l’adieu à deux autres passeurs que l’on aimait tant, Christian Bonnet, pionnier de la Maison du Duke dédiée à Duke Ellington, et Alain Tercinet, critique et historien du jazz. Le souvenir de Bird, quant à lui, revit au miroir d’un album atypique, The Passion of Charlie Parker, qui réunit notamment Melody Gardot, Gregory Parker, Madeleine Peyroux et Kurt Elling… Et puis peut-être un successeur de taille pour Gregory Porter : sur la scène du Duc des Lombards, le chanteurMyles Sanko s’impose comme la nouvelle sensation du jazz britannique…


JUILLET 2017

-Vous avez dit Summer of Love ? Celui qui en fut il y a tout juste 50 ans l’une des grandes figures côté jazz, Charles Lloyd, nous émerveille à nouveau avec Passin’ Thru, album live en quartet gorgé de grâce et d’énergie.

-L’été des festivals… A Antibes/Juan-les-Pins, Archie Shepp fête une nouvelle fois ses 80 ans. Du côté de Jazz à Vienne, Pharoah Sanders se souvient de John Coltrane parti il y a tout juste il y a un demi-siècle… La vie est plus forte que tout, enfin, à Nice, un an après la tragédie sur la Promenade des Anglais, à travers notamment ce concert de gospel en ouverture avec Melody Gardot et Herbie Hancock.

-Titi parisien et géant de l’accordéon, Marcel Azzola fête ses 90 ans. Associé au fameux « Chauffe Marcel ! » de Jacques Brel dans Vesoul, beaucoup ignorent qu’il a également joué devant Django Reinhardt…

-Juillet 2017, c’est également le retour au festival de Montréal d’un groupe mythique de Jazz Fusion, Uzeb, et puis aussi les 12 performances en trio de l’immense pianiste Fred Hersch au Village Vanguard de New-York. On s’intéresse enfin très près à ce projet ambiteux de Quincy Jones, qui entend créer un Netflix du jazz, autrement dit une première plateforme de vidéo à la demande dédiée au jazz et au-delà…

AOÛT 2017

-Avez-vous entendu le Charlottesville Blues de Mighty Mo Rodgers ? Lui aussi, comme beaucoup d’autres, est profondément choqué par les événements de Virginie qui remettent en selle les suprémacistes blancs sans pour autant indigner l’actuel locataire de la Maison Blanche.

-Avec eux, le jazz faisait aussi son cinéma… Adieu Jerry Lewis, qui mimait si bien l’orchestre de Count Basie… Adieu Jeanne Moreau, disparue trois semaines plus tôt, et qui déambulait si merveilleusement sur la musique de Miles Davis dans Ascenseur pour l’Echafaud

-Jazz in Marciac, l’édition-anniversaire… Pour ses 40 ans, la capitale mondiale du jazz, en ce mois d’août, se situe plus que jamais dans le Gers…

-Août 2017, c’est également ECM qui pleure l’un de ses guitaristes les plus emblématiques, John Abercrombie, nos premiers coups de cœur pré-rentrée avec Pierrick PedronFred Nardin et Mark Guiliana, sans oublier ces inédits de Bill Evans en l’an 68, The Hilversum Concert, exhumés par le label Résonance

SEPTEMBRE 2017

-Quand le jazz symphonise à tout va… De Cecile McLorin-Salvant à Stacey Kent, en passant par Gregory Porter et l’album Re-focus de Sylvain Rifflet, plusieurs disques de cette rentrée prennent la forme d’écrins dorés avec cordes et grand orchestre.

-Son sourire radieux fait la Une de Jazz Magazine… La toujours très populaire Dee Dee Bridgewater explore les standards blues et soul de son adolescence dans son nouvel album, Memphis, hommage à sa ville natale…

-On l’avait quitté à Los Angeles au moment des Oscars, le revoilà à Paris ! Damien Chazelle, le réalisateur de La La Land, s’apprête à tourner pour Netflix une série musicale centrée sur un club de jazz parisien.

-Septembre 2017, c’est également Michel Legrand qui célèbre au Grand Rex les 50 ans des Demoiselles de RochefortVincent Peirani qui joue l’accordéoniste de Barbara dans le film de Mathieu Amalric, et puis aussi le souvenir du co-fondateur deTSFJAZZ, l’inclassable Jean-François Bizot, dix ans après sa disparition.

OCTOBRE 2017 :

-De Stacey Kent au Nobel de littérature… Distingué par le prestigieux jury suédois, le romancier britannique d’origine japonaise Kazuo Ishiguro a aussi signé des textes pour notre Stacey préférée… Comme quoi l’esprit songbook a la vie dure, à Stockholm, un an après le Nobel pour Bob Dylan…

-Attention, un centenaire peut en cacher un autre ! C’est bien beau, toutes ces parutions et ces rééditions autour de Thelonious Monk… Sauf que tout le monde ou presque a oublié le génial Dizzy Gillespie, qui est né lui aussi en octobre 1917…

-Et revoilà le blues de l’oiseau de nuit… La chanteuse et flûtiste belge Mélanie De Biasio revient avec un nouvel album, Lilies, alliage gagnant d’étrangeté et d’envoûtement entre jazz, trip-hop et transe minimaliste.

-Octobre 2017, c’est également cette résidence exceptionnelle de Steve Coleman à la Petite Halle de la Villette, la légende Fats Domino qui avait si bien réussi ce cocktail néo-orléanais de rythmes caraïbes, latinos, blues et boogie-woogie… Et puis aussi les Victoires du Jazz qui consacrent Thomas de Pourquery, Théo Ceccaldi, Émile Parisien, Hugh Coltman et Pierre Bertrand.

NOVEMBRE 2017 :

-Saint-Pétersbourg nouvelle terre de jazz ? C’est en tout cas cette grande ville russe que l’UNESCO désigne comme ville d’accueil de la prochaine journée internationale du jazz en avril 2018, et c’est aussi à Saint-Pétersbourg où se déroule, à la mi-novembre, une grande rencontre destinée à promouvoir les jeunes talents russes auprès des grands festivals internationaux.

-Après Marseille, Paris… Ahmad Jamal remplit le Palais des Congrès pour une soirée à la hauteur de sa légende.

-Maudite soirée du 22 novembre sur la planète jazz: on apprend coup sur coup la disparition du célèbre producteur George Avakian et celle d’un vocaliste et alchimiste de légende… Jon Hendricks n’était pas loin, comme George Avakian, de souffler ses cent bougies.

Novembre 2017, c’est également la percée de Deva Mahal, la fille du célèbre musicien de blues Taj Mahal, la visite à Paris du maire de la Nouvelle-Orléans, Mitch Landrieu, et puis aussi le projet le plus inattendu d’Ibrahim Maalouf. Dans son nouvel album, le trompettiste rend hommage à… Dalida ! Avec la complicité de Melody Gardot, Alain Souchon et Monica Bellucci…

DECEMBRE 2017:

-Dernier centenaire avant le réveillon… Le 27 décembre 1917, les troupes américaines embarquées à bord de l’USS Pocahantas débarquent à Brest, huit mois après l’entrée des Etats-Unis dans la 1ère Guerre Mondiale. A leur bord se trouvait le lieutenant et chef d’orchestre James Reese Europe. C’est ainsi que le jazz a débarqué en France.

-Sunny Murray, une histoire de Free mais aussi une histoire de France… Disparu à 81 ans, ce batteur qui avait joué avec Cecil Taylor et Albert Ayler avait vu s’agglomérer autour de lui de nombreux musiciens français lorsqu’il avait débarqué à Paris en 1968..

.-Nouvel écrin pour le rendez-vous annuel de TSFJAZZ avec sa grande soirée You & The Night & The Music. Pour cette 15e édition, c’est désormais la mythique Salle Pleyel qui prend le relais de l’Olympia.


Lucky

décembre 9th, 2017

Une dernière gorgée de bloody mary et puis s’en va. Disparu en septembre, Harry Dean Stanton pourrait aisément prétendre à l’Oscar posthume dans ce film que l’acteur et désormais réalisateur John Carroll Lynch a conçu comme un requiem gorgé de poésie, de blues et de délicatesse en hommage à une figure mythique du cinéma américain.

La peau est défraîchie, le corps osseux. Harry Dean Stanton n’a pourtant jamais été aussi vivant que dans ce rôle de vieux cow-boy solitaire qui, entre deux mots croisés, défie au quotidien la grande faucheuse en grillant cigarette sur cigarette. Et quand à son tour il déambule dans le désert, il n’est plus ce fantôme de lui-même dont Wim Wenders filmait l’errance dans Paris, Texas mais bien un être de chair dont l’ultime sourire, si allégorique dans la fraternité incarnée, n’a pas fini d’embuer nos pupilles.

Pour le reste, John Carroll Lynch a pris soin de ne s’encombrer d’aucun climax dans cette œuvre-haïku plantée dans un patelin perdu de l’Arizona et dont la douceur de filmer rappelle le Paterson de Jim Jarmusch. Comme dans Paterson, la vie de Lucky, le personnage joué par Harry Dean Stanton, est surtout rythmée par la pendule ou le radio-réveil du matin, puis la virée au troquet du coin.

Que se passe-t-il d’autre ? Rien et tout à la fois: une mauvaise chute pas si grave pour rappeler à Lucky qu’il n’est pas immortel, une fête de voisins où des chants Mariachis dissipent son humeur bougonne, une zone étrange introduite par des lumières rouges qui parait tout droit sortie d’un film de David Lynch. Antichambre de la mort ?

Présence d’anthologie, justement, du père de Mulholland Drive (aucun lien de parenté avec John Carroll Lynch) dans la peau d’un vieux pote de Lucky, dandy éperdu à la recherche de sa tortue prénommée RooseveltLucky ne court aucun autre lièvre si ce n’est cette ode au temps lent et à l’insolite à chaque coin de rue, au cœur d’une Amérique éternelle à la fois solaire et crépusculaire. Un air d’harmonica parachève la pastorale.

Lucky, John Carroll Lynch (Sortie en salles le 13 décembre. Coup de projecteur, le même jour, sur TSFJAZZ (13h30) avec le réalisateur.


Bienvenue à Suburbicon

décembre 7th, 2017

George Clooney réalisateur s’est encore perdu, cette fois-ci à Suburbicon. Il disposait pourtant d’un argument de poids, à savoir un vieux scénario des frères Coen. Une main trop lourde et aussi engourdie que dans Monuments Men précipite, hélas, ce nouvel opus dans l’impasse.

L’échec tient avant tout à une greffe ratée, les turpitudes criminelles d’un père de famille aux prises avec des prêteurs sur gage étant censées faire écho à la tentative de lynchage d’une famille afro-américaine dans une banlieue pavillonnaire des années 50. Sauf que dans cette dénonciation plus ou moins satirique de l’Amérique d’Eisenhower dont celle de Trump serait l’héritière, le réalisateur de Good Night, Good Luck rate l’essentiel. La famille noire n’est qu’un élément de décor. Son calvaire, Clooney le traite par dessus la jambe.

Ses priorités de casting sont blanches de couleur: Matt Damon et Julianne Moore sont là pour attirer le chaland, mais l’intrigue autour de ces deux Thénardier de l’American Way of Life qui n’hésiteraient pas à dévorer tout cru un pauvre gosse pour arriver à leurs fins manque de souffle. Le souvenir de L’Ombre d’un doute d’Alfred Hitchcock nous traverse l’esprit. Comme pour mieux enterrer ce qui en est un triste avatar.

Bienvenue à Suburbicon, George Clooney (le film est sorti mercredi)



Jean d’Ormesson était dans le bon camp…

décembre 5th, 2017

Un butineur, un aquaboniste, l’élégance incarnée avec ce timbre de voix suave et suranné qui avait fait de mes deux rencontres avec lui un réel bonheur… Surtout au contact du vrai-faux réac qu’il était et dont on ne dira jamais assez à quel point, en se battant pour que Marguerite Yourcenar et Dany Laferrière entrent à l’Académie Française, il était dans le bon camp. Hommage à Jean d’Ormesson, décédé la nuit dernière. Voici ce qui avait été bloggé lors de la parution de Qu’ai-je donc fait (Robert Laffont), en octobre 2008.

J’ai longtemps pensé que Jean d’Ormesson était un vieux réac… Sans doute en souvenir d’une célèbre chanson de Jean Ferrat qui apostrophait en ces termes l’ex-éditorialiste du Figaro: « Ah monsieur d’Ormesson, vous osez déclarer qu’ un air de liberté flottait sur Saïgon avant que celle ville s’appelle Ville Ho-Chi-Minh » … Il était vraiment trop beau cet air de liberté, à l’époque, même si on s’aperçut après coup qu’ il ne correspondait guère à la triste réalité vietnamienne, quel que soit le nom de la ville. Qu’il est loin ce temps là alors que Jean d’Ormesson incarne aujourd’hui, avec tous les pétillements de ses 83 printemps, une élégance, une sagesse  et une grandeur d’âme qui ne forceront aucun respect tant l’empathie est naturelle lorsqu’on rencontre cet homme là.

Trois ans après Une Fête en larmes, exquis bréviaire d’un insatiable séducteur, Qu’ai-je donc fait se savoure avec autant de bonheur: « On dirait que je colle à moi et que nous nous confondons.  J’ai beau crier très fort que cette compagnie n’est pas, et de très loin, de celles que je préfère, autant pisser sur un violon » … Le livre foisonne de la sorte,  découpé en de très courts chapitres qui portent l’art de l’épure à son firmament. L’auteur n’a même pas voulu s’embarrasser d’un point d’interrogation au niveau du titre de l’ouvrage. Il est comme ça, Jean d’Ormesson, ce n’est pas vraiment du je m’en foutisme, ce serait plutôt une sorte d’ « aquoibonisme »

« Qu’ai-je donc fait », effectivement, comme une manière de « A quoi bon ! »… Je n’ai été ni Goethe, ni Châteaubriant, nous dit Jean d’Ormesson, mais je n’en conçois pas une si grande mélancolie, et j’ai connu moi aussi les souffrances de l’écriture… J’ai butiné, certes, mais moins qu’on l’a dit, et si les chapitres de mon livre, dans leur brièveté assumée, suggèrent un parcours en fragments, je n’en ai pas moins conscience d’une certaine unité dans ma vie.

Il s’écoute comme il se lit, Jean d’Ormesson… Le timbre de sa voix, plus chuchoté peut-être que lors de notre dernière rencontre, n’a rien perdu de sa rieuse suavité. La prose de l’académicien a gardé cette même humeur joyeuse à travers laquelle il enrobe ses tourments tout en semblant se dérober, parfois, à des introspections trop arides… enrober, se dérober… Il est comme ça, Jean d’Ormesson.

Et puis comme il a en face de lui quelqu’un qui a trop écouté Jean Ferrat, eh bien il se lâche dans le genre rebelle… Vous savez que j’ai adhéré au Parti communiste quand j’étais à l’Ecole normale ? On le regarde, ébahi… On se souvient que dans Qu’ai-je donc fait, il s’étend longuement sur ses amis trotskystes. Et puis il est inénarrable dans sa façon de s’affranchir de ses origines à particule… Alors oui, on le croit…. Drôle de rebelle que ce d’Ormesson là, mais on l’imagine sans peine assoiffé de voyages et d’aventures comme autant de modes d’emploi pour fuir un milieu étriqué, convenu et bien trop étroit pour une vocation à ce point vagabonde. « Ce qui me tourmentait, écrit-il, c’était que le monde se mettait à ressembler à ces jeunes femmes trop faciles qu’il ne vaut plus la peine de conquérir »

Il lui en est quand même resté quelque chose, de ces origines. Cette intonation désuète, ce « parler français » comme de moins en moins de personnes le parlent.« C’est comme la syphilis, vous savez, dit-il au micro de TSFJAZZ, on n’en guérit jamais complètement »…   Il est comme ça, Jean d’Ormesson, et ce se serait scandale que de nous le soustraire à ces affreux temps de crise, de krach et de récession carabinée auxquels il oppose, ultime pichenette et jolie dédicace, ses rêves, ses passions, sa gratitude et son amitié.

Jean d’Ormesson (16 juin 1925-5 décembre 2017)


Bella Figura

décembre 3rd, 2017

Un patron et sa maîtresse se prennent le chou sur le parking d’un restaurant de campagne. Il a « fait l’effort », dit-il, de l’emmener dîner à une adresse conseillée par… son épouse ! Elle se rebelle -on la comprend- contre pareil goujat et se marre même franchement quand il lui confie qu’il est au bord du dépôt de bilan: sa miroiterie marchait du tonnerre, il a voulu vendre des vérandas ! Dans l’embrayage du pathétique, Yasmina Reza n’a rien perdu de son art.

Et ça n’est pas fini ! Voilà que le duo à vau-l’eau tourne au quintette désaccordé à la faveur d’une jonction accidentelle avec la meilleure amie de la femme du patron, son tartuffe de conjoint et la belle-mère qui fête son anniversaire. Du parking, on passe au restaurant avec un beau dîner de cons à l’arrivée, sans oublier un détour croquignolesque du côté des toilettes. Difficile d’imaginer comment le très austère Thomas Ostermeier, pour qui cette pièce fut d’abord écrite, a pu accommoder de tels ingrédients.

Sur la scène du Rond-Point, c’est Yasmina Reza elle-même qui dirige l’action, entre vaudeville et drame bourgeois, au risque d’étioler ce que le propos a de plus corrosif, notamment sur le plan sociologique. Emmanuelle Devos livre, en revanche, une chouette incarnation de ce spleen des âmes seules qui se « fanent sur place », comme il est dit à la fin de la pièce. Dans la peau d’une amante désabusée, mordante et follement éprise de sa liberté, elle tourne le dos à ce qui a pu nous agacer, parfois, dans son jeu de comédienne. Il est vrai qu’en jupe courte et talons-aiguille rouges, c’est bien elle, dans ce Bella Figura, qui honore au mieux le titre de la pièce.

Bella Figura, Yasmina Reza, Théâtre du Rond-Point, à Paris, jusqu’au 31 décembre.


La Villa

novembre 29th, 2017

Calanque du crépuscule aux abords de Marseille. De retour après des années d’absence dans un paysage d’hiver déserté par les vacanciers, Angèle (Ariane Ascaride) paraît aussi décontenancée que la Lioubov de La Cerisaie revenant dans sa propriété. Elle a d’autres points communs avec l’héroïne tchékhovienne: le métier d’actrice, le deuil d’un enfant, le désir qu’elle continue d’inspirer par-delà les rides et les larmes…

Sa Cerisaie à lui, donc… Sous les auspices de Tchekhov, Robert Guédiguian filme un monde qui disparaît mais aussi des rasades d’amour et de désamour, de rire et de désenchantement, car aux côtés d’Angèle venue veiller son père paralysé par une attaque, la villa familiale accueille également Joseph (Jean-Pierre Darroussin, poignant d’élégance…), son Parisien de frangin persifleur et désabusé. Armand (Armand Meylan) complète la fratrie. Lui, il n’a jamais quitté la calanque.

Les retrouvailles entre ces trois-là, fidèles parmi les fidèles dans l’univers du réalisateur des Neiges du Kilimandjaro, pourraient suffire à notre bonheur, surtout à la faveur d’un flash-back qui les revisite si jeunes et si insouciants dans une scène de Ki lo sa? (1985) avec en fond sonore I Want You de Bob Dylan. Seulement voilà, la troupe s’est agrandie: Anaïs Demoustier dans le rôle de la petite amie déjà en partance de Joseph, Robinson Stévenin en jeune pêcheur exalté connaissant son Claudel par cœur… Chez Guédiguian, la pause-cigarette est désormais multigénérationnelle.

De quoi rendre son cinéma encore plus vibrant, avec cet art inégalable d’élever la dignité de chacun au rang de chant choral même s’il faut bien séparer anciennes et nouvelles doxas. Les jeunes adultes qui veulent se barrer à Londres, bof… Guédiguian leur préfèrera toujours ceux qui ont le cœur mais aussi la tête à gauche. Ceux là ne détournent pas les yeux et cèdent encore moins à un quelconque apitoiement bourgeois lorsque surgissent trois enfants des bois perdus dans la garrigue, affamés devant un pot de confiture, ne parlant pas un mot de français. Est-ce ainsi que les réfugiés vivent ?

L’approche quasi-cristalline de cette « thématique » des réfugiés résume ce qu’il y a de plus beau dans l’écriture de La Villa:  l’épure chorégraphique des gestes, des regards, des paysages… Des dialogues un peu plus élagués (comme chez Tchekhov…), et on tenait là un chef d’œuvre. En attendant, c’est le film le plus accompli de Robert Guédiguian depuis Le Promeneur du Champ-de-Mars.

La Villa, Robert Guédiguan, sortie en salles ce 29 novembre. Coup de projecteur avec le réalisateur, le même jour, sur TSFJAZZ (13h30)


Price

novembre 25th, 2017

Moi, Daniel Price. Dans un environnement à la Ken Loach (banlieue prolétaire de Chicago au début des années 60, raffinerie omniprésente…), un jeune gars tente de se construire un destin sur fond d’amitiés, d’amours et de filiations distordues. Jusqu’au moment où il comprend que l’invention de soi est un bien autrement plus précieux que n’importe quel destin.

Le récit est signé du Serbo-Américain Steve Tesich, disparu en 1996, et c’est le nouveau directeur du CDN de Lorient, Rodolphe Dana, dont nous suivons depuis des années le travail au sein du collectif Les Possédés, qui en extrait avec bonheur le suc romanesque dans la lignée du vibrant Bullet Park, autre odyssée d’outre-Atlantique que Les Possédés avaient portée sur scène il y a six ans.

Trois axes sur le plateau, à commencer par le dépérissement du père de Daniel, un ouvrier déglingué et cancéreux. Il a une grosseur à la tête, il dit que cette tête n’est plus que « rêves délavés et brisés » alors qu’autrefois, « c’était une cage à oiseaux, propre et nette, avec un rossignol à l’intérieur ». Il en vient même à espérer que son fils ne réussisse pas là où il a échoué.

2e axe, l’amitié façon Georgia -le film d’Arthur Penn- entre Daniel et ses deux potes, Billy, le malingre intello, et Larry, le matamore nihiliste. Ces trois-là s’ennuient comme des rats morts dans un monde où « même les jeunes sauveurs de l’humanité sont au chômage ». Ils vont se perdre de vue, sans même s’en apercevoir. Et puis il y a Rachel dont Daniel tombe amoureux. Fuyante, changeante, aussi déconcertante que peut l’être, parfois, l’altérité au féminin singulier. Elle vit avec son supposé père, un type bizarre qui sent l’inceste à plein nez…

Alors même qu’il a choisi d’universaliser ce récit d’apprentissage (aucune référence au made in America dans la scénographie, plateau métallique et dépouillé, genre salle de gymnase…), Rodolphe Dana en évite tous les clichés grâce à cette fluidité organique qui est la marque de fabrique des Possédés et à laquelle le renouvellement de sa troupe apporte un bonus décisif: l’introverti Antoine Kahan dans le rôle de Daniel, Inès Cassigneul qui joue une Rachel toute en vitalité inquiète, le jeu si tonique de Lionel Lingheser dans la peau de Larry… Théâtre à mains nues, sans larmoiements, propre à faire battre le cœur du spectateur à cent à l’heure. Wajdi Mouawad, surtout en ce moment, devrait s’en inspirer.

Price, de Steve Tesich, mis en scène par Rodolphe Dana au T2G, Théâtre de Gennevilliers jusqu’au 2 décembre. Coup de projecteur avec le metteur en scène, sur TSFJAZZ (13h30), mardi 28 novembre.


Tous des oiseaux

novembre 21st, 2017

Le Liban serait-il devenu un « théâtre » d’opérations trop étroit pour le nouveau directeur du Théâtre de la Colline ? Voilà donc Wajdi Mouawad qui s’attèle au conflit israélo-palestinien au travers d’un mélodrame familial plombé d’archétypes, de lourdeurs et de démonstrations. Sœurs, donnée il y a deux ans à Chaillot, n’aura constitué qu’une brève rémission dans un parcours descendant.

La pièce débute à New-York où Eitan, un étudiant juif complètement perché au gré de ses élucubrations scientifiques, parvient à séduire on ne sait trop comment Wahida, une jeune Arabe qui fait une thèse sur Léon l’Africain, ce diplomate-voyageur contraint de se convertir au christianisme. Un Juif avec une Arabe ? « Horreur, malheur! », tempêtent les parents d’Eitan, et notamment son Israélien de père, un ultra-rigide qui devrait se méfier, au passage, des pirouettes généalogiques de l’auteur d’Incendies.

Une grand-mère cash comme il faut captive l’attention, tout comme le personnage de la mère, une Allemande dont la judéité fut brimée par des parents communistes. Le reste va à vau-l’eau, en anglais comme en hébreu (les personnages parlent aussi allemand et arabe…), noyant dans l’outrance la jolie légende de l’oiseau amphibie qui s’aventure au milieu des poissons. Wajdi Mouawad déçoit tout autant sur le plan de la scénographie. Où est l’inventivité dans cette succession de panneaux modulables et de jeux d’ombres mille fois vus et revus ?

Que penser, enfin, d’un propos qui développe l’idée selon laquelle on n’échappe pas à ses racines ? La jeune étudiante arabe virevoltant de séduction dans un New-York cosmopolite serait-elle plus méprisable que celle qui, passant de l’autre côté du « Mur » lors d’un voyage en Israël, se découvre de nouvelles vibrations et affinités avec ses sœurs palestiniennes ? Wajdi Mouawad gagnerait à lire L’Art de perdre, d’Alice Zeniter. Il y ferait enfin la grande rencontre de sa vie avec les méandres de l’âme et de l’identité. Elles sont bien plus mouvantes -et émouvantes- qu’il ne l’imagine.

Tous des oiseaux, Wajdi Mouawad, Théâtre de la Colline (jusqu’au 17 décembre)


Le Musée des merveilles

novembre 17th, 2017

C’est son Hugo Cabret à lui. C’est dire à quel point Todd Haynes, à l’instar de Scorsese s’époumonant à retrouver son âme d’enfant, s’égare dans ce Musée des merveilles laborieusement construit au gré de deux trajectoires qui se rejoignent.

Premier fil à la patte dans ce scénario si peu aéré, l’odyssée dans les années 70 de Ben, gamin du Minnesota rendu sourd après avoir été touché par la foudre. Lorsque sa mère se tue dans un accident de voiture, il part à la recherche de son père à New-York et finit par retrouver sa trace dans un muséum d’histoire naturelle.

Deuxième parallèle, quelqu’un demi-siècle plus tôt, au travers de la course éperdue de Rose, sourde de naissance, méprisée par sa maman (Julianne Moore), star du cinéma muet… Fuyant son New Jersey natal, elle rejoint Manhattan jusqu’à ce que le spectateur finisse par l’identifier, elle aussi, dans fameux muséum d’histoire naturelle où Todd Haynes se targue d’avoir reconstitué tout un monde merveilleux.

Exercice de style sur le mode de la fable, enfantillages pré-vacances de Noël, exode cinématographique sur les rives du vintage quand l’inspiration fait défaut sur des thèmes plus contemporains… On a connu Todd Haynes bien plus incandescent (Loin du Paradis, I’m Not There…) même si avant-dernier opus, Carol, témoignait déjà d’une préciosité stylistique dont cet inoffensif Musée des Merveilles n’est qu’un nouvel avatar.

Le Musée des merveilles, Todd Haynes, sélection officielle au festival de Cannes (le film est sorti mercredi)


Les Aventuriers

novembre 14th, 2017

Il n’y a pas que Les Demoiselles de Rochefort qui fêtent leurs 50 ans ! Dans un tout autre genre, mais avec la même faculté à jongler entre fantaisie et mélancolie, Les Aventuriers de Robert Enrico méritent eux aussi leur place au soleil dans le patrimoine ciné hexagonal de l’an 67. Piqûre de rappel grâce à une très opportune sortie DVD chez M6 Vidéo.

Parmi ces aventuriers, et c’est peut-être l’idée la plus géniale du film, on compte une aventurière: Joanna Shimkus, sortie d’on ne sait quel Swinging London et dont le bien désobligeant Sidney Poitier devait malheureusement abréger la carrière en l’épousant. Dans le film, elle joue la craquante Lætitia, une plasticienne de la ferraille qui vient s’incruster dans l’univers de Lino Ventura et Alain Delon, deux « losers » passionnés par les sports extrêmes

Embarqués dans une chasse au trésor en Afrique, ces trois-là croisent en la personne de Serge Reggiani un quatrième profil d’aventurier qui transforme la comédie douce-amère en drame avec règlement de comptes à Fort Boyard, encore vierge, à l’époque, de toute défloraison télévisuelle. Amour, amitié… Rien n’a été « consommé » dans ce Jules et Jim du film d’aventure où Delon relooké en pré-hispter met des plombes avant de tenter d’approcher Joanna Shimkus. Et en plus, elle lui préfère Lino Ventura !

Tour à tour léger et poignant, Les Aventuriers s’autorise des embardées comme autant de moments de liberté: ce journal de bord sur le bateau, par exemple, juste avant l’arrivée de Reggiani. On y voit nos trois loustics partir en vrille façon Congo Square. C’est festif, délirant. La production voulait la supprimer, cette séquence qui ne faisait pas avancer l’action. Robert Enrico en fit un casus belli. Pour lui, c’était la scène la plus importante. C’était les dernières grandes vacances d’une génération. C’était l’adieu à la jeunesse, à l’insouciance…

Un musicien passa par là. Il s’appelait François de Roubaix. Il inventa l’un des sons de piano les plus entêtants de l’histoire du 7e art. Sombre, truculent, nostalgique. Il devait aussi y ajouter un sifflement lancinant sur des arpèges de guitare. Les Aventuriers ont 50 ans, mais leur coeur bat toujours à cent à l’heure.

Les Aventuriers, Robert Enrico, sortie en DVD chez M6 Vidéo. Coup de projecteur, ce mardi 14 novembre, sur TSFJAZZ (13h30), avec le fils de Robert Enrico, le réalisateur Jérôme Enrico.