Norah Jones live@l’Olympia
C’est l’histoire d’une jeune fille qui a croisé la gloire au coin de la rue, un peu par hasard, comme d’autres rencontrent l’amour. 8 ans après Come Away With Me et ses 22 millions de disques vendus - le plus bel accident industriel du 21ème siècle - Norah Jones n’a toujours pas tombé son costume de girl next door… Anti-star, anti-Lady Gaga, anti-Melody Gardot, Norah la-fille-d’à-coté présentait la semaine dernière The Fall, son dernier opus, à l’Olympia.
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D’abord, il faut se souvenir du grand séisme de 2002… Come Away With Me, ce disque à la tranquillité désarmante, ce tsunami de velours qui balaya tout sur son passage, à commencer par les certitudes des plus grands spécialistes de Jazz. Dans chaque club, dans chaque rédaction, dans chaque chapelle on s’interrogea: “Norah Jones… Est-elle vraiment des nôtres?” Un peu dépassés par l’évènement, on usa beaucoup d’encre et de salive pour trancher la question, qui en appelait beaucoup d’autres. Par exemple: comment la maison Blue Note, mère d’Herbie Hancock et d’Horace Silver, avait-elle pu enfanter une créature si affreuse?
Jeune, belle, discrète, bien née, elle cumulait les défauts, sa musique à la fois trop peu improvisée et pas assez écrite ne swinguait pas, et l’alibi piano ne suffisait pas à cacher l’arbre Pop, qui lui-même ne cachait plus vraiment la forêt de dollars amassés… Norah Jones, du Jazz? Une hérésie, comme si on avait spolié le terme aux vénérables musiciens de la rue des Lombards… Heureusement le débat est clôt aujourd’hui, et tout le monde s’accorde à dire que Norah Jones ne fait pas du Jazz (ce qu’elle n’a jamais prétendu faire, d’ailleurs), mais une musique typiquement américaine ou affleurent 60 ans d’histoire, de Johnny Cash à Billie Holiday en passant par Bill Evans, Willie Nelson et Tom Waits… Autant de territoires qu’elle explore sur scène dans un joli nuancier d’ambiances et de couleurs, tantôt Folk, Blues et Country, comme dans nos plus beaux rêves de Western. A ses cotés, 6 experts en chaises musicales troquent leurs basse, contrebasse, guitares, accordéon, fender rhodes et piano honky-tonk à la mode du Deep South, selon une chorégraphie bien huilée.
La première demi-heure est largement dévolue aux compositions de The Fall, disque d’émancipation et d’aventures en territoire Rock. Un album hanté par la rupture de Norah Jones avec son bassiste Lee Alexander, que Télérama avait applaudit des deux mains en se “réjouissant presque de son chagrin”… Heureusement, la chanteuse n’a pas sombré dans le même genre d’abysses que sa consœur PJ Harvey, qui avait pleuré le comédien Vincent Gallo dans un disque rageur… Au contraire, Norah Jones, elle, a plutôt la rupture tranquille, voire doucement mélancolique. Le genre de rupture qu’on médite sur la route, en solitaire, le temps d’une virée à travers les grandes plaines américaines.
Et quand, dans cet Olympia plongé dans la pénombre, on aperçoit de longs rideaux blancs tomber sur scène ou viennent mourir de minces filets de lumière bleutée, on se dit qu’on y est… Au volant: La fille, une mèche brune qui s’égare sur ses lèvres rouge-vif, une robe couleur myrtille qui lui chatouille à peine les genoux. Dans l’autoradio: quelques trémolos de guitares, deux notes de Fender qui se perdent dans la nuit, comme des feux follets. Et cette fille qui vous murmure sa nostalgie à l’oreille, dont on se dit qu’elle est la plus douce incarnation de l’Américana, autrement plus glamour que Willie Nelson!
Après Chasing Pirates et son duo de claviers à faire pâlir Supertramp, puis Even Though, jolie chanson d’amour à l’imparfait ou les guitares tutoient le dieu Marc Ribot, Norah Jones s’offre un aparté en solitaire… Imaginez la scène: vous êtes attablés avec quelques amis dans un bar chic de Greenwich Village ou vous sirotez un cocktail aux couleurs estivales. Dans un coin de la salle il y a cette jolie brune assise au piano, dont on murmure qu’elle serait la fille de Ravi Shankar. Tendre, mais un peu maladroite, elle chante The Nearness Of You puis Don’t Know Why, petite bluette inoffensive dont on imagine pas encore qu’elle fera le tour du monde. Nous sommes en 1999… 11 ans plus tard Norah Jones n’a pas vraiment changé. Seule coté cour, la new-yorkaise reçoit une belle ovation. Mais c’est quand elle reprend Johnny Cash et Tom Waits avec ses 6 musiciens qu’elle embarque définitivement l’audience…
Alors qu’il quitte l’Olympia le sourire béat, le blogeur de TSFjazz se dit qu’il manquera cruellement d’objectivité à l’heure du billet. Tant pis, il ferra mieux la prochaine fois! Du passage de Norah Jones à Paris, il retiendra son allure candide, sa fraicheur et ses postures d’apprenti-rockeuse; La qualité de son groupe et la sa palette sonore, si riche, de quoi vous emmener très très loin… Il retiendra aussi cet ultime rappel, spontané, réservé aux centaines de chanceux qui eurent la bonne idée de se cramponner à leur siège, car le plaisir était visiblement partagé.
Et il n’oubliera pas cette voix d’une simplicité rare, de celles qui donnent envie de tomber amoureux sur le champ, comme on tomberait amoureux de la fille-d’à-coté.
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Cadeau bonus??? Quelques vidéos embarquées, glanées sur YouTube…


31 juillet 2010 à 21:17
bonjour David
sympa les videos .
eh oui de “come away with me” à aujourd hui tout un beau parcours musical pour Norah Jones.
bon w end à vous
Emmanuel http://www.jazz.cowblog.fr