Takeshi Kitano: L’art d’improviser
Que sait-on vraiment du Japon? Pas grand chose… Alors, en lisant Kitano par Kitano (paru aux éditions Grasset), je suis d’abord frappé par ma propre inculture, et par l’appétit que j’ai pour l’exotisme nippon, qu’on ne résumera pas qu’aux Mangas et aux écolières en tenue! Car quand Kitano se raconte, c’est une certaine histoire du Japon qui se dévoile, celle d’une société qui est sortie de la 2nde Guerre Mondiale totalement schizophrène: D’un coté une culture millénaire, de l’autre la modernisation à tout prix. D’un coté la résistance à l’occupant américain, et de l’autre une fascination pour ces “demi-dieux” qui enfantaient Andy Warol, et Marilyn…
_
A Michel Temman, qui a recueilli ses propos, Kitano le dit et le répète: il n’a JAMAIS été anti-américain… Tout juste l’ont-ils “agacé” de temps en temps, ces yankees, du haut de leur toute-puissance! Et quand au début des années 70, le jeune étudiant sans-le-sou errait dans les rues du quartier Asakusa, rêvant de scènes et de projecteurs, sa B.O. à lui, c’était le Jazz.: “Je connaissais les musiques de Sonny Rollins, de Miles Davis. J’ai même vu en concert, à Shinjuku, le pianiste Thelonious Monk.”

“Shinjuku Koseinenkin Kaikan”
Concert de Thelonious Monk à Tokyo, 4/10/1970
Thelonious Monk (piano) avec Paul Jeffrey (saxophone), Larry Ridley (contrebasse) Lenny McBrowne (batterie) + Toshiyuki Miyama And His New Herd Orchestra.
Straight, No Chaser
Don’t Blame Me
Evidence
‘Round About Midnight
Blue Monk
Takeshi Kitano et Thelonious Monk, un hasard? Sûrement pas! Car Kitano c’est l’art de l’imprévisible: “J’aime improviser”, dit-il… Il pourrait ajouter: “j’aime les contre-pieds, les dissonances, les échauffourées, les lignes jaunes… Et même les lignes rouges!” Beat Takeshi, le funambule et le comique, est partout dans son jardin: à la télé comme à la maison, au temple comme au bordel, au cinéma comme au cabaret. Un jour, un journaliste a dépeint Takeshi le cinéaste comme un “directeur de Big-Band”, qui distribuerait les rôles et les chorus. Note: “A chacun d’y apporter un peu de fantaisie, quitte à faire quelques ratures sur la partition”… Un autre expert prête à Kitano l’art du contretemps: “il bat la mesure, comme dans les musiques noires dont il dit s’inspirer, sur les 2e et 4e temps - comme dans le Jazz”…
Alors bien-sûr, Takeshi Kitano n’est pas qu’un Jazzfan: C’est d’abord un grand-enfant, un naïf, un insatisfait, un bagarreur, un chef de clan… Un justicier aussi, qui monte une expédition punitive pour venger une proche piégée par des paparrazis… Un saltimbanque, encore, dans la plus pure tradition du Cabaret japonais. En fait Kitano, c’est 40 ans d’un Japon populaire que l’on connait très mal ici. L’histoire d’un gamin né sur les cendres d’un Empire, alors que les bombes fumaient encore…
“Kitano par Kitano”. Takehi Kitano avec Michel Temman, paru aux éditions Grasset.


20 mai 2010 à 21:30
Bonsoir,
Je lisais, l’autre soir, cette petite note sur le blog et je me disais, que David pouvait aussi gratter plus loin pour enrichir sa culture du jazz nippon. Et puisqu’il m’a suggéré de partager mon expérience, voici que j’apporte mon tout petit caillou à l’édifice.
Je crois que c’était autour de 1999/2000 (c’est à peu près l’époque où j’ai rencontré mon mari, ça aide pour se souvenir), et celui qui allait finir par me passer la bague au doigt m’a fait écouter un morceaux d’un genre nouveau pour moi. Je le partage ce soir avec vous, y’a qu’à aller là :
http://www.youtube.com/watch?v=MV_ZpTSgVFo.
Ce grand bonhomme se nomme Toshinori Kondo. Sur ce morceau il n’est pas seul, il est accompagné de Dj Krush, alors ce n’est peut-être plus vraiment que du jazz, mais ça vaut tout de même le détour. A l’époque, du jazz je ne connaissais que le classique de base dirons-nous, alors cette approche m’a plutôt interloquée et m’a amené à penser que finalement, le jazz était peut-être un grand iceberg. C’est une autre façon d’écouter la trompette. Fouillez donc pour trouver “son espace” sur le net, et peut-être serez-vous conquis.
Depuis, j’écoute TSF quasiment tous les jours, à des heures différentes, et je suis attentive car je sais qu’un petit bout de la face cachée de cet iceberg va m’être révélé. Il faut dire que “La petite histoire du jazz” m’en apprend de bonnes, mais ce n’est pas le seul moment de découverte. Le seul soucis, c’est que je ne peux pas prendre de note dans la voiture, et j’ai comme qui dirait une mémoire de poisson rouge. Mais c’est pas très grave… Revenons à nos moutons…
Pour rester dans le jazz japonnais, vous pourriez aussi, si le coeur vous en dit, écouter un peu cette jeune femme : Hiromi Uehara. Hop ! à nouveau une adresse :
http://www.youtube.com/watch?v=-HcKrd3K8_A
où là nous trouvons du classique, mais si on gratte encore, on peut l’entendre dans la formation Hiromi’s Sonicbloom : http://www.youtube.com/watch?v=EWDGQr_SnLs .
Alors ne me demandez pas combien elle a de doigts et de mains… Trop pour suivre le mouvement ! Le guitariste n’est pas mal non plus dans son genre (avec un nom à coucher dehors, mais on lui pardonne à monsieur Fiuczynski).
Bon voilà, tout ça pour dire, qu’au Japon il n’y a pas que des sushi et que rien ne doit arrêter la curiosité musicale.
Je souhaite à vos oreilles de passer un bon moment en compagnie de ces deux artistes, et n’hésitez pas à allez plus loin.
Jazzment votre,
Aurélie