Oscar Peterson - Soul Español (aka. Soulville Samba)

oscar-peterson-soul-espanol.jpgAvec sa manie de jouer “100 notes là ou d’autres n’en jouaient que 10″, Oscar Peterson avait tout du pianiste pressé. Trop pressé, sans doute, pour jouer la Bossa Nova… Mais Oscar a pris son temps, et s’il a gouté la saudade 5 ans après ses premiers remous, sa version de Wave est restée la préférée de Tom Jobim… Grande! Esplàndido! s’était-il exclamé… Ce que l’on sait moins, c’est qu’Oscar a consacré un disque entier au répertoire brésilien: Soul Español. Un album “mineur” pour les critiques, mais fantastique pour les chercheurs de trésors couleur soleil…

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chicago1.jpgNovembre 1966: Il neige à Paris, Florence est inondée, et des vents exceptionnels chatouillent les gratte-ciels de Chicago.

Sur les rives du lac Michigan on observe des vagues de plus de 4 mètres. Partout il fait froid et humide… Pas un temps à mettre un jazzfan dehors! Ceux qui ne veulent pas se transformer en glaçons sur les quais de la Gare du Nord (et oui, déjà!!!), prendre une douche froide en Italie ou se faire chahuter dans l’Illinois n’ont plus qu’à rester sous la couette et rêver de soleil, de bikinis et de sable chaud.

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Au même moment, Oscar Peterson est en Allemagne de l’Ouest. A Villingen, plus précisément, dans les studios de Hans Georg Brunner-Schwer, le patron du label MPS. Il y enregistre une version fleuve de “I’m In The Mood For Love” (plus de 17 minutes!!!). Le soir, j’imagine qu’il fréquente les brasseries, caves et restaurants de la Forêt Noire avec son hôte… Joachim Ernst Berendt est peut-être là, lui aussi. Journaliste et producteur, il est revenu d’un voyage au Brésil avec dans ses bagages, les bandes de “Tristeza On Guitar”, le nouvel album d’un guitariste que tout le monde s’arrache: Baden Powell… Sûr que l’un ou l’autre a saucé Peterson avec ces sons inouïs venus de Rio, car celui-ci enregistrera quelques années plus tard le faux-frère-jumeau de “Tristeza On Guitar”, “Tristeza On Piano”, encore et toujours pour MPS… Mais revenons-en  à cette fin Novembre 1966: Quand son avion se pose sur le tarmac de l’International O’Hare Airport de Chicago, et qu’il fait froid, Oscar Peterson a déjà la tête au Brésil, ou il fait chaud…

Le pianiste se plonge pour de bon dans la culture musicale brésilienne, écoute Luiz Bonfa, Jorge Ben, et va déjà plus loin que la simple esquisse: Sur l’album “We Get Requests”, deux ans plus tôt, il avait survolé “The Girl From Ipanema” et “Corcovado”; Là, il pense une fusion d’un nouveau genre ou se confondent Bossa-Nova, Samba, Boléros (et oui, on est pas forcement à cheval sur la géographie!!!), Bop et Soul Jazz dans un joyeux Carnaval… Oscar Peterson ou comment évoquer le Brésil avec un pied dans la Saudade et l’autre dans le Swing!

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 Les studios Universal Recordings à Chicago.

Le 12 Décembre, le pianiste convoque son trio régulier aux studios Universal Recordings de Chicago. En plus de Sam Jones (basse) et Louis Hayes (batterie), il a appelé à la rescousse quelques cats qui trainaient en ville… Ils ne sont pas cariocas et n’ont jamais mis les pieds à Copacabana, mais c’est tout comme: Henry Gibson (congas) Marshall Thompson (timbales) et Harold Jones (percussions) offrent une assise rythmique solide et festive…

 

oscar-peterson-et-sam-jones.jpgLa playlist…

Soulville Samba
How Insensitive
Call Me
Carioca
Amanha (Tommorow)
Samba De Orfeo
Meditation
Mas Que Nada
Manha De Carnaval
Samba Sensitive 

 

Oscar Peterson et Sam Jones, en 1966…

 

Tom Jobim et Oscar Peterson avaient deux points communs: ils étaient pianistes, et ils admiraient Chopin, Scriabine et Debussy… Pas étonnant, alors, d’entendre Oscar rhapsodier avec un tel génie, sur une musique ou se tutoient les Three Sounds de Gene Harris et le Brazil’66 de Sergio Mendes… Alors, Ragtime-Samba ou Soul-Bossa??? A vous de voir… En attendant, je vous imagine déjà frémir comme un glaçon dans un verre de Caipirinha à l’écoute du Mas Que Nada de Jorge Ben, de la Carioca de Vincent Youmans et du Soulville Samba composé par Peterson himself. Incandescent, jouissif, récréatif, exubérant: On aurait tort de bouder le brésilien qui se cache en Oscar! Et si à l’ambiance du Carnaval vous préférez celle, plus cosy, du lounge à la mode de Rio, attardez-vous sur Call Me (toujours en sirotant votre Caipirinha), une chanson que Tony Hatch avait composé pour Petula Clark, avant que Chris Montez (un chanteur latino pour minettes…) n’en fasse un tube en Janvier ‘66.

Un chanteur pour minettes, vous dites??? Attendez un peu la fin de la vidéo!

Voilà pourquoi Oscar Peterson n’a jamais engagé de danseuses…

En tout cas, cette première escapade brésilienne donnera quelques idées au pianiste… 3 ans plus tard, il reviendra en Forêt Noire chez son ami Hans Georg Brunner-Schwer, et enregistrera SA version de Wave, arrangée par Claus Ogerman, le plus brésilien des munichois. Elle deviendra LA version préféré de Tom Jobim… Oscar, Swing, Saudade et Caipirinha!

 

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Oscar Peterson - Soul Español

 

1966 chez Verve. Ou l’on parle Espagnol au Brésil… Réédité depuis en CD avec des notes de pochettes microscopiques (parait-il) et un remastering en mode “Caipirinha” (est-ce le report vinyle ou les bandes d’origines qui font “pleurer” le piano?)

 

 

 

 

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oscar-peterson-soulville-samba.jpgOscar Peterson - Soulville Samba

 

1966 chez Philips. Le même programme sur un autre label (la bizarrerie du titre en moins), en version LP 33 tours (plus difficile à trouver…). Le tracklisting est sensiblement différent. Est-ce l’ordre original, le vrai? Ou les gens de chez Philips avaient-ils abusé de la Caipirinha??? (qu’ils auraient dû consommer avec modération)

 

 



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