Palmarès 2009 #2 : Jazz instrumental français

lauriers1.gifTout ceux qui trouvent le débat sur l’identité nationale poisseux seront ravis de retrouver un italien et un belge dans mon palmarès 2009 catégorie “Jazz instrumental français”… A propos, le Jazz de chez nous a t-il une identité? La question n’est surement pas très heureuse… Par contre, et puisqu’il faut souvent voyager loin de ses bases pour mieux se découvrir soi-même, voici 5 disques que j’offrirai simplement à un berlinois, un montréalais ou un new-yorkais s’ils me demandaient “à quoi ressemble le Jazz en France?”. Did you say… “French Touch”?

 

#1 Eric Legnini Trio - Trippin’ (B-Flat Recordings)

Dans ce troisième album du trio on retrouve la “patte” Legnini: groove contagieux, son de groupe forgé par des mois de concerts, mélodies entêtantes et formats courts empruntés à la Pop… Comme d’habitude? Oui, sauf que chez Legnini, l’habitude a du bon!

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Et puis ce Legnini cuvée 2009 a un charme bien particulier: Est-ce le Rhodes qui se ballade sur Trippin’ et Rock The Days? Le piano solo sur Secret Life Of Plants de Stevie Wonder? Ou les très chaloupés Con Alma & Casa Bamako? Sûrement un peu de tout ça! En fait, comme l’expliquait Eric dans les Lundis du Duc spécial palmarès 2009, Trippin’ est le fruit d’une commande passée par un label japonais, et a d’abord été imaginé comme une “carte de visite” destinée au public nippon. Du coup, on comprend mieux pourquoi le pianiste a sorti le grand jeu, en convoquant toute la palette groovo-émotionnelle de son trio, et en variant registres et plaisirs. Un best-of? Quasiment! Une très belle collection de chansons, en tout cas… Trippin’ possède donc un charme particulier, je vous le disais, et ce d’autant plus qu’en sortant des Lundis du Duc, j’ai pu raconter à Eric Legnini comment Casa Bamako avait fait danser ma petite fille dans le ventre de sa maman, 2 jours avant sa naissance… Rien que pour ca, Trippin’ restera ma B.O. essentielle, indiscutable et toute personnelle de 2009! (sans plus de détails gynécologiques, j’avais chroniqué Trippin’ ici!)

 A écouter d’urgence:  Trippin’, Rock The Days…

 

#2 Pierre DeBethmann - Cubique (Plus Loin Music)

Comme chez Legnini, cet album est le produit d’un bel effort de groupe mené depuis 2001 par l’ex leader de Prysm. 5tet devenu 7tet, Ilium gagne encore en précision, en densité et en poésie sur un album qui se dévoile un peu plus à chaque écoute. Une fois de plus, Pierre De Bethmann propose une musique doucement complexe, mais sans complexes! Subtil, non?

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Quand je pars pour la radio le matin, coincé dans le métro (comment ça, les animateurs de TSFjazz prennent le métro? woouah!!!!;-)), j’imagine ce que mes compagnons d’infortune, cramponnés à leur I-Pod, s’envoient dans les oreilles. Sur le sujet, il y aurait une véritable étude sociologique à mener autour des gouts et des couleurs en matière de musique, ce que j’avais tenté ici… Tout cela pour vous dire que ces derniers jours, quand mes voisins de ligne 13 écoutaient Michael Jackson, Rohff, re-Michael Jackson, Nolwenn Leroy, encore Michael Jackson, Vitaa et un dernier Michael Jackson pour la route (je schématise, mais en gros c’est ça!), j’ai eu l’impression désagréable d’être un alien, en me passant en boucle les 2 dernières minutes de “Décalé”, histoire de trouver comment ça marche… En même temps, elles sont tellement bonnes, ces 2 minutes, avec ces envolées de sax signées David El Malek et Stéphane Guillaume, ces chemins sinueux tracés par la voix de Jeanne Added, ces jeux de collages harmoniques imaginés par Pierre De Bethmann avec Michael Felberbaum (guitare) et Vincent Artaud (basse), sans oublier la batterie ultra-furieuse de Franck Agulhon! Ça joue, ça monte, ça groove et c’est joli, sans vraiment qu’on sache pourquoi… Au bout de la 17ème écoute j’arrive enfin à reproduire la cadence dans ma tête, mais le mystère reste toujours épais et c’est tant mieux! Bref, pour en savoir plus sur Cubique, c’est ici!

A écouter d’urgence: Ailleurs Parfois, Décalé… (Expérience: faites-vous une playlist Jazz 2009 dans votre I-pod, et enchaînez “Décalé” d’Ilium avec “Val André” de Pierrick Pedron. Vous allez voir, c’est terrible!)

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#3 Pierrick Pedron - Omry (Plus Loin Music)

Grâce à Omry, on a découvert que cet enfant de Charlie Parker était aussi un enfant de Radiohead, Pink Floyd, Portishead, Stevie Wonder et même Oum Kalthoum! A moins que son cheminement soit inverse. Avec Omry, Pierrick Pedron nous embarque à bord d’un vaisseau jazzo-électro-rock, mi-rétro mi-futuriste. Passionnant!

0794881916627.jpgPour des disques de la trempe d’Omry, les américains parlent de grower: plus on l’écoute, plus on apprécie, plus on y trouve de bonnes choses à entendre. 9 mois après sa sortie, Omry a donc bien grandi et à l’heure du bilan 2009, on se replonge avec plaisir dans ses climats électriques… En lui proposant le poste de “rédacteur en chef d’un jour” au printemps, TSFjazz ne s’y était pas trompé! Il faut dire que toute la radio s’était enthousiasmé pour le projet, à l’image de Laurent Sapir qui avait trouvé dans Omry une sorte de nirvana psychédélique! Enregistré d’abord dans les conditions du live, l’album s’est enrichi en post-production des claviers d’Eric Legnini & Laurent Coq, repoussant les limites de ce qui se fait d’habitude en matière de Jazz. Un nouveau Magma? Presque, mais en plus soigné, en moins kitch et en moins cobayen: une sacrée différence, en fait! La bonne nouvelle, c’est que Pierrick Pedron nous a promis dans les Lundis du Duc un Omry 2, et ça, on en rêve… Plus loin, plus haut, plus fort?

A écouter d’urgence: Val André,  Enta Echams

 

#4 Manuel Marchès - James Connolly (Abrasive Records)

2009, l’année ou les contrebassistes ont pris le pouvoir? Sans aller jusque-là, on notera la sortie des premiers disques de 2 sidemen réputés devenus leaders: Diego Imbert et Manuel Marchès. Ce dernier nous livre avec James Connolly un projet surprenant qui puise ses racines non pas en Afrique, ni-même aux Caraïbes ou en Amérique du Sud, objets habituels des fantasmes jazzistiques, mais… En Irlande! 

james-connolly-jaquette.jpgDu Jazz au pays des pubs, de la Guinness pression, de l’Irish Stew et de la Tin Whistle? Oui, mais c’est plus compliqué que ça! James Connolly, le héros du disque, est du genre grand-personnage-barbu-qui-en-impose, et dont le portrait en noir et blanc orne certains livres d’histoire. En presque 50 ans d’existence, James Connolly aura beaucoup voyagé, de son Écosse natale aux États-Unis en passant par l’Irlande, sa terre de cœur. Surtout, il aura été un ardent défenseur du marxisme, un homme politique et un homme de presse engagé dans la lutte pour une Irlande indépendante. A l’annonce de la partition de celle-ci, il sonnera la révolte avant d’être exécuté par les britanniques en 1916. Une histoire qu’on ne retrouve qu’en pointillé sur l’album, plus un salut admiratif qu’un travail (on aurait pu l’imaginer) sur le répertoire irlandais: Non, ce ne sera pas Manu Marchès reprend U2 & The Dubliners, mais plutôt une figuration de ce qu’aurait pu être la musique d’un Coltrane ou d’un Archie Shepp, s’ils avaient posé leurs valises un jour à Dublin. Entre hard-bop et soul-jazz, boogaloo et bossa, le groupe de Manuel Marchès fait des merveilles (Julien Charlet, batterie, Maxime Fougères, guitare & Ricardo Izquierdo, sax), tout comme Sandra N’Kake qui pose sa voix sur le thème titre très habité. Ajoutez à cela un son clair et une production délicate: ça frôle le 20/20!

 A écouter d’urgence: James Connolly, Estate…

 

#5 Giovanni Mirabassi  - Out Of Track (Discograph)

Avec son nouveau trio fétiche (Gianluca Renzi à la basse et Leon Parker à la batterie), le pianiste italien s’attaque aux standards, qu’il n’avait pas touchés depuis longtemps. Voici donc Out Of Track, le petit-frère de Terra Furiosa: Moins turbulent, mais beaucoup plus swing!

giovannimirabassi-outoftrack.jpgOn en était donc resté à Terra Furiosa, Avanti et quelques autres disques qui, derrière leur allure romantique et chansonesque, cachaient de véritables brûlots. D’ailleurs, à force de le dire et de l’entendre dire, on s’était convaincu que “Giovanni Mirabassi, artiste engagé” était un pléonasme… Alors, quand Mirabassi publie un album qui est d’abord un disque de Jazz avant d’être un disque de conviction, on se retrouve complètement baba!!! En ce sens, Out Of Track est un album surprenant même si, dans le genre trio piano-contrebasse-batterie, sa facture est très classique. Pour une fois, donc, Mirabassi emprunte plus au répertoire d’un Jazz qu’on ne lui connaissait pas (Dear Old Stockholm, Impressions…), qu’à celui de la chanson, révolutionnaire ou pas. Au delà du “Chant des Partisans”, c’est donc vers les compositions originales et surtout vers les 2 standards sus-nommés (sans oublier “Alone Together” et “Just One Of Those Things”) qu’il faut se tourner pour profiter pleinement d’Out Of Track. L’effet de surprise joue à plein (”quoi??? Mirabassi sur Coltrane, vite!!!”), et en même temps, “Impressions” comme “Dear Old Stockholm” se voient offrir une seconde jeunesse, avec un groove et un interplay entre les 3 camarades à tomber par terre. Au final, Out Of Track n’est ni la face-B, ni la suite logique de Terra Furiosa, mais un disque un peu… En dehors des rails, comme il dit!

A écouter d’urgence: Dear Old Stockholm, Impressions…

 

Et vous, quels sont vos disques de Jazz François préférés? Coups de cœurs (mais aussi coups de griffes), admirations et même copinage à-peine déguisé sont les bienvenus sur ce blog! 



Un commentairepour “Palmarès 2009 #2 : Jazz instrumental français”

  1. Sandra Nkaké dit :

    Un bonheur de collaborer avec Manuel Marchès et son équipe! Ravie que ce projet ait de la visibilité!
    Vive le partage! Viva musica.
    Sandra Nkaké (sans apostrophe, héhéhé)

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