Une sirène…

2.jpgDécalé, cubique, ailleurs parfois… A l’heure du tirage de portrait, c’est comme ça que j’imaginerai Pierre De Bethmann. Meneur de jeu du trio Prysm pendant 10 ans avec à la clé une belle aventure chez Blue Note, le pianiste trace aujourd’hui une voie plus discrète, mais plus profonde et poétique aux commandes de son Ilium 7tet. Décalé, cubique, ailleurs parfois: ce sont d’ailleurs 3 titres d’un nouvel opus paru chez Plus Loin Music, featuring une fois encore la chanteuse Jeanne Added… La sirène de ce blog, c’est elle!

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 Pierre De Bethmann. Un peu décalé, un peu cubique, un peu ailleurs parfois, j’y reviens. Un peu complexe, un peu matheux et un peu “ex-consultant en management”, je rajoute. Voilà pourquoi on pourrait voir en lui une sorte de personnage à la Thom Yorke. Un geek du Jazz français, passant ses nuits reclus dans une petite chambre obscure sous les toits de Paris, se plongeant à la lueur d’une bougie dans de vieux grimoires en quête de mythologies (Ilium, l’autre nom de Troie), d’accords magiques et de rythmiques impaires. Intello Pierre De Bethmann? Un peu, mais pas assez pour éluder toute forme de poésie et de secrets, même si son art de la composition a été décrypté avec force de détails dans les pages d’un mensuel spécialisé. Complexe? Oui, mais après tout, qui aujourd’hui a peur des métriques à 5, 9 ou 11 temps? Et qui a peur de ne pas se retrouver au point d’orgue? Personne… Bref, pour parler bien de la musique de Pierre De Bethmann on ferrait mieux de mettre tout ça de coté, et donc j’aurai mieux fait d’ouvrir autrement ce billet que sur l’image “complexe” que le pianiste donne de lui-même. Je ferai mieux, par exemple, de vous parler de Jeanne Added. Elle fait partie des “nouveautés” d’Ilium depuis que le 5tet est devenu 7tet, et y apporte quelques grammes nécessaires de poésie.

Jeanne Added fait partie d’un club très privé que je viens d’inventer pour vous: le club des Chanteuses Sirènes. Là il faut que je m’installe sur le divan, monsieur le psychose, et que je vous raconte ma première rencontre avec une telle créature. J’étais petit et on m’a collé (en le faisant exprès ou pas) un disque de l’Orchestre National de Jazz dirigé par Denis Badault qui s’appelait… “Cool Couches”!  Ouaaah le titre, les mecs! Heureusement, depuis, on a trouvé des créas plus affutés au Ministère des Orchestres Nationaux de Jazz… Ceci dit, “Cool Couches” mis à part, le disque était plutôt chouette et je me suis laissé bercé, souvent, par la voix de la chanteuse Elise Caron. Quand elle ne scattait pas de manière bizarroïde, elle planait littéralement au dessus de l’orchestre.  “Aaaaaaaaaaaaaaaaaaah” était son seul vocabulaire… Je l’imaginais grande, mince, plutôt pâle, presque absente, comme les sirènes ou les fantômes qu’on croise dans les livres de contes. Voilà pourquoi en écoutant Jeanne Added dans Cubique je me sens en territoire familier, et c’est plutôt agréable. Comme Elise Caron dans l’ONJ, Jeanne Added a choisi de se passer des mots, comme un pied de nez à toutes ces chanteuses qui n’ont rien à dire, mais le disent quand même. Et puisqu’elle utilise sa voix comme un instrument, Jeanne Added peut s’insinuer dans la musique sans jamais la dépasser, participant au même titre qu’un saxophone ou une guitare, aux jolis effets orchestrés par Pierre De Bethmann.

 

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Jeanne Added by  Johann Verspuy

Fender Rhodes, batterie, basse, guitare, saxophones et voix: c’est au final une belle potion sonore, cet Ilium, qui vous emmène ailleurs, à la frontière du complexe et de l’émotion. Oui, car elles sont parfois difficiles à retenir, les mélodies torturées imaginées par PDB… Mais si on veut bien leur donner une chance, elles cachent de très beaux moments de grooves pas carrés, d’improvisations virtuoses et de respirations délicates (à écouter d’urgence: Décalé, Ailleurs Parfois et la suite Demens Sapiens…). Cubique par Pierre De Bethmann, ou l’histoire d’un homme un peu “savant fou” qu’on imagine, plus que jamais seul, dans l’obscurité d’une petite chambre sous un toit de Paris, battu par la pluie. Seul et perdu au milieu d’une pile d’ouvrages gigantesque, traitants de concepts lydiens et de polyrythmies. Mais heureusement pour Pierre De Bethmann, derrière le quadrilatère, il y a toujours une place pour l’émotion et la sensibilité la plus nue.

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07948819393291.jpgPierre De Bethmann, Ilium 7tet - Cubique (2009 chez Plus Loin Music)

Avec: Jeanne Added (chant), Stéphane Guillaume et David El-Malek (saxophones), Michael Felberbaum (guitare), Vincent Artaud (basse), Franck Agulhon (batterie) et Pierre De Bethmann (rhodes)

Plus d’infos:  www.pierredebethmann.com et cette vidéo sur You Tube.

 

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Un commentairepour “Une sirène…”

  1. TSF - David Koperhant» Travelogue Entry » Palmarès 2009 #2 : Jazz instrumental français dit :

    […] Quand je pars pour la radio le matin, coincé dans le métro (comment ça, les animateurs de TSFjazz prennent le métro? woouah!!!!;-)), j’imagine ce que mes compagnons d’infortune, cramponnés à leur I-Pod, s’envoient dans les oreilles. Sur le sujet, il y aurait une véritable étude sociologique à mener autour des gouts et des couleurs en matière de musique, ce que j’avais tenté ici… Tout cela pour vous dire que ces derniers jours, quand mes voisins de ligne 13 écoutaient Michael Jackson, Rohff, re-Michael Jackson, Nolwenn Leroy, encore Michael Jackson, Vitaa et un dernier Michael Jackson pour la route (je schématise, mais en gros c’est ça!), j’ai eu l’impression désagréable d’être un alien, en me passant en boucle les 2 dernières minutes de “Décalé”, histoire de trouver comment ça marche… En même temps, elles sont tellement bonnes, ces 2 minutes, avec ces envolées de sax signées David El Malek et Stéphane Guillaume, ces chemins sinueux tracés par la voix de Jeanne Added, ces jeux de collages harmoniques imaginés par Pierre De Bethmann avec Michael Felberbaum (guitare) et Vincent Artaud (basse), sans oublier la batterie ultra-furieuse de Franck Agulhon! Ça joue, ça monte, ça groove et c’est joli, sans vraiment qu’on sache pourquoi… Au bout de la 17ème écoute j’arrive enfin à reproduire la cadence dans ma tête, mais le mystère reste toujours épais et c’est tant mieux! Bref, pour en savoir plus sur Cubique, c’est ici! […]

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