Trip’ à la mode de Huy
Cher Eric Legnini. Avant d’être interrompu par l’arrivée d’une petite Marion (2.720 kg, 45.5cm), j’avais l’intention d’écrire ici combien j’adorais “Trippin”, votre dernier cédé. Un billet que j’allais poster le jour de votre venue à TSF en tant que rédacteur-en-chef… Il y a presque 2 semaines! Secrètement, tout en débroussaillant mon article, je me disais : “Bingo! Voilà l’occasion rêvée de mettre en avant la synergie entre média-oral et média-écrit au sein d’une même antenne, et de valoriser ainsi les choix rédactionnels décidés par ma direction des programmes … ” Mais patatras! La nature en a décidé autrement. Du coup, voici mon blog, un peu en retard, mais encore tiède…
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Trip’ à la mode de Huy
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En Belgique, un proverbe dit: “plus vieux est le bouc, plus dure est sa corne”. Plus élégamment, on pourrait dire d’Eric Legnini que sa musique gagne en épaisseur au fil du temps sans jamais perdre sa vertu essentielle qu’est le groove. La preuve avec Trippin’, 3ème album que ce natif de Huy (près de Liège) a d’abord conçu pour le marché japonais et qui est, enfin, disponible en France. Sorti tout chaud d’un studio parisien, cela faisait 1 an que le pré-CD végétait dans la discothèque de TSF, sans qu’on puisse vous en faire profiter, ne serait-ce que 5 secondes… Et on en pouvait plus d’attendre!__
Legnini In Japan
D’abord, il est toujours compliqué de mesurer la notoriété d’un artiste francophone à l’étranger, surtout quand il est “de Jazz” et que “étranger” = Japon… Ceci-dit, en grattant un peu sur le net, j’ai lu que Big Boogaloo (le Legnini d’avant), était devenu là-bas un “huge-hit”. J’ai poursuivi sur Yahoo! Japan, et j’ai vu que le nom de Legnini buzzait honorablement à l’ombre du Mont Fuji: quelques dizaines de pages et la discographie complète référencée chez les marchands en ligne. On n’oublie pas non plus cette tournée sponsorisée par l’Institut Français en 2008, qui a été suivie d’une apparition remarquée au Tokyo Jazz Festival en lever-de-rideau de Hank Jones, Ron Carter, George Benson et David Sanborn… De quoi, pour Legnini, consacrer au pays du soleil levant le troisième album de son trio avec Matthias Allamane et Frank Agulhon. Battre le fer pendant qu’il est chaud…
Au Japon, ce troisième opus est sorti sur un label qui distribue aussi bien Avishai Cohen et EST que… John Lennon, Run DMC et Elvis Presley! Ca cadre plutôt bien avec les tropismes musicaux de Legnini, tels qu’on les imagine en écoutant Trippin’ : du Jazz aux accents pop & rock, black & Soul. De ces musiques, Eric Legnini tire un sens de la mélodie et du gimmick qui vous accroche à chaque occasion. Au Fender, il évoque tour à tour Stevie Wonder, Herbie Hancock, Ray Charles mais aussi Steve Kuhn, puis il lance quelques traits fiévreux qu’on croirait empruntés à une chorale de Gospel. Au piano, il est aussi à l’aise dans un jazz mathématique et anguleux (Bleak Beauty, Bullitt Fast Back), que dans la balade recueillie (Jade, Darn That Dream, Secret Life Of Plants).
Mais le meilleur est sans doute ailleurs, quand Eric Legnini invoque les esprits du Sud (de l’Afrique en passant par l’Amérique Latine), et laisse à Matthias Allamane et Frank Aguhlon le soin de lui broder des rythmiques sur-mesure. A écouter d’urgence: la version doucement chaloupée de Con Alma (thème choisi de Dizzy Gillespie), et Casa Bamako, une ritournelle presque enfantine qui a fait danser ma petite fille dans le ventre de sa maman… Si vous êtes enceinte, ou que vous avez une femme enceinte sous la main: essayez, ça marche!
Si vous n’êtes pas enceinte, mais plutôt du genre égoïste quand il s’agit de musique, un casque vissé sur les oreilles et vous profiterez d’avantage du mix façon “vintage” des plages électriques : Fender à gauche, basse au milieu, batterie à droite (j’ai bon docteur?), pour une mise-en-son plus “live” et plus “in your face”… De l’énergie pure et brute, à l’image de l’excellent Rock The Days, qui vous rappellera au bon souvenir de vos années 70 (cheveux longs, etc…). De quoi ressortir de Trippin’ les oreilles agréablement rafraîchies ! Et puisqu’à l’origine, Trippin’ est un album “japonais”, on dira que, à des années-lumières de la B.O. sophistiquée de Lost In Translation, on est plutôt ici dans la musique-plaisir, entre groove & poésie… Même si, après-tout, on se verrait bien déambuler dans la nuit tokyoïte au milieu des néons, avec en fond sonore Eric Legnini. Legnini, simple et Funky?
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Bonus amusant: voyez ici que la tracklist de l’édition japonaise de Trippin’… N’a rien à voir avec son homologue européenne, parue chez B-Flat! Alors, grâce à votre application MP3 préférée, jouez à remettre l’album d’Eric Legnini dans son ordre d’origine…Et écoutez comment ça sonne!


28 décembre 2009 à 1:41
[…] Et puis ce Legnini cuvée 2009 a un charme bien particulier: Est-ce le Rhodes qui se ballade sur Trippin’ et Rock The Days? Le piano solo sur Secret Life Of Plants de Stevie Wonder? Ou les très chaloupés Con Alma & Casa Bamako? Sûrement un peu de tout ça! En fait, comme l’expliquait Eric dans les Lundis du Duc spécial palmarès 2009, Trippin’ est le fruit d’une commande passée par un label japonais, et a d’abord été imaginé comme une “carte de visite” destinée au public nippon. Du coup, on comprend mieux pourquoi le pianiste a sorti le grand jeu, en convoquant toute la palette groovo-émotionnelle de son trio, et en variant registres et plaisirs. Un best-of? Quasiment! Une très belle collection de chansons, en tout cas… Trippin’ possède donc un charme particulier, je vous le disais, et ce d’autant plus qu’en sortant des Lundis du Duc, j’ai pu raconter à Eric Legnini comment Casa Bamako avait fait danser ma petite fille dans le ventre de sa maman, 2 jours avant sa naissance… Rien que pour ca, Trippin’ restera ma B.O. essentielle, indiscutable et toute personnelle de 2009! (sans plus de détails gynécologiques, j’avais chroniqué Trippin’ ici!) […]