Magazine « Alibi » n°2, printemps 2011, en librairie, 15 euros

Nathalie Piolé avait déjà reçu dans la matinale de TSF Marc Fernandez à l’occasion de la sorti du premier numéro d’Alibi, la revue qui déchiffre l’actualité et la société à travers le polar. Le créateur d’Alibi est aussi passionnant que passionné. C’est aussi un bourreau de travail qui ne néglige aucun détail et peaufine son projet pour obtenir le meilleur résultat possible. C’est le cas. Le numéro 1 était bluffant, le numéro 2 ne l’est pas moins.
« Le roman policier reflète le sous-sol de la société » affirmait Manuel Vázquez Montalbán. Ce pourrait être la finalité de la revue Alibi. Ici, pas de fiction, ni de nouvelles noires ni d’exercice littéraire plus ou moins artificiel ou obligé. En près de 145 pages d’une densité et d’une diversité inouïes, le lecteur découvre les sous-sols d’une société bien réelle traitées par le polar. Parmi les perles de ce recueil, citons « le tour du monde des faits divers », où l’on constate que la réalité dépasse souvent la fiction, tel ce Canna Cola (un Coca Cola au cannabis !) en vente dans les dispensaires du Colorado ; ou encore cette prise record de 3,6 tonnes de cocaïne (!) ; ou bien le récit de cette femme qui fracasse le visage de son mari avec un gigot congelé. Suivant le conseil de Libé, Alibi préconise non sans humour « le lancer en rafale de pommes dauphines surgelées »… La liste des faits divers est longue et édifiante.
En miroir, dans trois passionnants dossiers, Alibi nous aide à comprendre « pourquoi les faits divers passionnent », nous fait découvrir « comment on fabrique le fait divers sur le petit écran » et tente de distinguer « fiction et la réalité. Quand les écrivains s’inspirent du réel ».
Et au fil des pages, on découvre encore : le « témoignage choc et inédit » d’un indic, les révélations d’une gendarme « experte en traces de sang », le portait de Karim Maloum « ex braqueur au grand cœur », le « quotidien des policiers » en photo… sans oublier les portraits et entretiens inédits avec Harlan Coben (grand auteur de polar américain, puisqu’il mesure 1,90m), avec James Ellroy (grand auteur tout court, si j’ose dire), avec Jo Nesbo, etc. qui nous font découvrir le côté caché de l’écrivain, son étique, ses fantasmes, le regard qu’il porte sur le monde et sur son œuvre. Passionnant et souvent surprenant. Ainsi, Ellroy confie qu’il refuse de « voir » la misère, dans les villes où il passe, il évite les quartiers pauvres pour ne fréquenter que les quartiers riches… trouvez l’erreur.
Alibi, c’est aussi et surtout une source inépuisable d’informations auxquelles on accède par de multiples entrées. Outre les polars cités en illustration de chaque grand thème, on trouve 22 pages de chroniques de polars (pour tous les âges, tous les goûts et sous toutes les formes : livres, films, bédés, etc.) sélectionnés par la rédaction. Chaque « polar » est noté de 1 à 5. Compte tenu de la quantité industrielle de polars publiés en une seule année, cet outil de défrichage (et de déchiffrage) est plus qu’utile. La cerise sur le gâteau : deux pages consacrées à la musique du polar, mon dada !
Bref, il faudrait être définitivement blasé ou fort peu curieux pour ne pas aimer Alibi. C’est la revue dont rêve tous les amateurs de polars. C’est aussi la revue que je conseille à tous ceux qui s’intéressent un tant soit peu au sous-sol de notre société !
En vente dans les librairies (et non en kiosque), 15 euros. Prochain Alibi, fin juin. En attendant, on peut lire et relire les deux premiers. Il y a toujours quelque chose à découvrir, même après plusieurs lectures.




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