Onzième Parano, Marie Vindy, La Tengo Editions, Avril 2011

La présentation de l’éditeur : « Paris 11ème arrondissement – 132, bd Richard Lenoir – 4 heures du matin, on retrouve le cadavre de Clotilde Seger dans le lit de Basile Winkler, le chanteur de Surface Noise, groupe de rock français couronné de deux disques d’or. La rock star clame son innocence sans expliquer la présence du corps de cette fille de 20 ans à son domicile.
Meurtre et mutilation…
Drogue, sexe and rock’n’roll.
Simple hasard ou opération soigneusement orchestrée, c’est l’avocat de Winkler en personne, qui sollicite les talents d’enquêtrice de la journaliste de Parisnews Mona Cabriole. Mais l’histoire est bien plus complexe que les apparences veulent le laisser croire…
Dans le 11ème arrondissement, la parano s’installe. »

Onzième Parano est le 9ème polar de la collection « Mona Cabriole » : 20 arrondissements, 20 auteurs, 20 romans. Une collection de polars rock au cœur de Paris (dixit l’éditeur).
On retrouve ici Mona Cabriole, journaliste sur le site d’info en ligne (imaginaire) Parisnews. C’est une jeune femme moderne, indépendante, libre dans sa vie comme dans ses amours. Elle se déplace dans Paris en scooter, habite sur une péniche, connaît le Paris underground comme sa poche et n’absorbe pas que les substances licites… Plus branchée, tu mœurs.
Pas facile de lui donner vie sans tomber dans le cliché, tant le personnage est déjà en lui-même une somme de clichés.
Quelques auteurs ont tiré très honorablement leur épingle du jeu : Laurence Biberfeld, Marin Ledun, Antoine Chainas… D’autres se sont plantés dans les écueils. Ne s’improvise pas auteur de polars (et/ou de roman noir) qui veut. Après quelques expériences douteuses, La Tengo semble revenir aux fondamentaux.
Non seulement Marie Vindy imagine une enquête passionnante et crédible qui tient le lecteur en haleine du début à la fin, mais elle donne un regain d’intérêt à la série avec une grande subtilité. Elle nous dévoile la part d’ombre de Mona Cabriole, nous entraîne dans les coulisses vertigineuses du rock’n’roll, nous fait découvrir des groupes et des musiciens qu’elle connaît visiblement très bien. Ses personnages sont crédibles et bien campés, sans jamais tomber dans la caricature.
Restent 11 arrondissements à « pourvoir ». Espérons que La Tengo fera des choix d’auteurs aussi judicieux.
Dans la galerie des personnages, le chanteur rock Basile Winkler, « Baze » pour les intimes, est particulièrement intéressant. Il semble vivre dans un monde parallèle. Pas étonnant d’ailleurs, vu les substances qu’il absorbe à longueur de temps. Il est idolâtré par ses fans, couvert de gloire, mais sa vie ressemble à une fuite en avant. Toujours plus déconnecté de la réalité, il s’enfonce dans ses fantasmes et ses lubies perverses, sans réelle envie d’en sortir. Comment ne pas penser aux chanteurs mythiques du rock et de la pop aux destins chaotiques, tels que Hendrix, Kurt Cobain, Michael Jackson ou même plus près de nous Bertrand Cantat. Sans parler de tous ceux qui sont toujours vivant… du moins en apparence. La liste serait aussi longue dans le monde du jazz… Les deux univers ne sont pas si éloignés.
Le roman pose en filigrane la question: comment garder la tête sur les épaules quand le monde entier vous porte au pinacle et vous hurle que vous êtes un génie ?
Marie Vindy décrit aussi avec justesse l’univers usant de la nuit, du trip sexe-drogue-rock’n’roll, où tous les excès finissent par se banaliser, où il faut aller chercher les sensations toujours plus loin pour ne pas sombrer dans l’ennui. Cet univers où l’on ne vit pas vieux fait froid dans le dos. Les rares rescapés ressemblent à des fantômes. Elle excelle dans la description d’ambiances lourdes, poisseuses et malsaines. On n’aimerait pas forcément mener cette enquête. Pourtant, Mona Cabriole s’y immerge comme un poisson dans l’eau. Elle parvient à se faire respecter, mais ne boude pas son plaisir quand il se présente. Elle est cependant consciente qu’elle ne sera pas toujours jeune et que les lendemains seront de plus en plus difficile (p. 94) : « Son reflet dans la salle de bain lui arracha une grimace. Traits tirés, cernes noires, le teint blafard de ceux qui voient rarement la lumière du jour. Ressaisis-toi ma vieille… sinon tu feras long feu. »
L’écriture n’est pas sa seule richesse, peu s’en faut !
On peut découvrir les différentes facettes de son talent ici :

http://www.marievindy.com/




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