Guerre sale, Dominique Sylvain, Editions Viviane Hamy, 20 janvier 2011

Présentation de l’éditeur : « Florian Vidal, avocat spécialisé dans les contrats d’armement et les relations franco-africaines, a été assassiné de manière effroyable : brûlé vif aux abords d’une piscine, un pneu enflammé autour du cou, les mains menottées. Or, cinq ans auparavant, Toussaint Kidjo, l’assistant de Lola, de père français et de mère congolaise, a été assassiné de la même façon. Florian Vidal travaillait pour Richard Gratien, maillon fondamental de la Françafrique pour le secteur de l’armement. Redoutable et froid, Mister Africa, souvent dans le collimateur de la justice française, s’était pris d’affection pour Florian qu’il avait engagé comme chauffeur. Il en avait fait un avocat réputé et riche puis, avec les années, son fils adoptif. Pour Lola le lien entre les deux affaires ne fait aucun doute. Elle reprend son enquête mais empiète terriblement sur le travail du commandant en charge de l’affaire, Sacha Duguin. Elle doit se rendre à l’évidence, seule elle ne peut rien, l’ennemi est plus puissant qu’il en a l’air. Dans ce contexte, quel rôle notre duo va-t-il pouvoir jouer ?
Les personnages, tous plus complexes et dissimulés les uns que les autres, manipulateurs et prêts à tout, évoluent sur fond de scandale politico-financier. Les rebondissements succèdent aux rebondissements, les dialogues virevoltent. Guerre sale manifeste une énergie violente au service d’une intrigue parfaitement maîtrisée. »
On retrouve ici le savoureux binôme d’enquêtrices imaginé par Dominique Sylvain : Lola Jost et Ingdrid Diesel. Lolo Jost est commissaire de police à la retraite, mais elle garde toujours un œil sur la «maison » et suscite toujours le même respect de ses anciens collègues qui n’hésitent pas à la solliciter en cas de besoin même si ses méthodes sont souvent « border line ». Jost est épicurienne, elle ne mâche pas ses mots, et ne crache pas sur la bonne gnôle. Personnage attachant et criant de vérité. Et pour cause : Dominique Sylvain m’a confié qu’elle s’était quelque peu inspirée d’une personne bien réelle de sa famille.
Ingrid Diesel, américaine à Paris, est masseuse le jour. Mais la nuit, elle se métamorphose en Grabrielle Tiger dans une boîte de streap tease !
Jost ne saurait se passer de cette étonnante partenaire (p. 96) : « Elle est d’une humilité qui touche à la déficience mentale et pourtant elle est géniale dans tout ce qu’elle entreprend. Sauf en amour, bien sûr. Moralité, maintenant que je connais l’excitation d’une enquête avec elle, je ne me résous pas à descendre en qualité. C’est égoïste, je sais. »
Dominique Sylvain profite du personnage de Diesel pour inventer de délicieux néologismes engendrés pas les difficultés de la langue française.
« Je vais la jouer magnanime » décide le flic, qui explique à Ingrid que ce mot « signifie qu’on accorde son pardon ». D’où la question de la demoiselle « Et tu vas magnanimiser, Sacha ? »
Plus loin Ingrid s’interroge : « Fôlatrer, ça signifie devenir fou ? »
Ou encore : « Et quelque chose me dit qu’une rétrocommission n’a rien à voir avec le fait de faire ses courses dans les années cinquante, ajouta Ingrid »
La galerie de personnages est encore longue.
Le personnage de Gratien est tristement intemporel (p. 85) « Nos gouvernements ont changé, Gratien est resté le même. L’intermédiaire indispensable entre notre belle démocratie moraliste et certains Etats dirigés par des potentats belliqueux, gros consommateurs d’outils de mort ultratechnologiques »
Dans cet improbable casting, mention spéciale pour Sigmund, le chien du psychanalyste (p. 60) « Le museau posé sur ses pattes croisées mais l’œil alerte, il paraissait méditer sur l’insondable versatilité du cœur humain ».
Pour le reste, le suspense omni présent est servi par une écriture précise et cinématographique (p. 16) « Le porche grand ouvert vibrait sous les bourrasques, pourtant l’odeur s’était incrustée dans les murs avec la force d’une calamité biblique. » ou (p. 21) : « Patient, Sacha attendait la suite. Carle offrait l’immobilité d’un monolithe, le capitaine de gendarmerie, l’œil médusé du lièvre pris dans les phares d’un camion fou. »
Pour ne rien gâcher, le jazz ajoute une note bleue à cette partition noire.
(p. 42) : « Tu n’as rien contre Miles, Sacha ?
- Au contraire.
- Si je devais classer les meilleurs titres de jazz de tous les temps, je mettrais A Kind of Blue en haut de la pile. Pas toi ?
- Excellent choix. Et en numéro deux, Autumn Leaves par Cannonball Adderley. »
(p. 240) « Il s’octroya alors une douche presque brûlante, puis, allongé sur son lit, Gerry Mulligan. Le jazz West Coast avait toujours eu le don de l’apaiser. Mais cette fois, le sortilège ne fonctionna pas. »
(p. 274) « Le café faisait le coin de la rue Monceau. Minuscule, décoré dans des tons chauds, il évoquait plus un bar américain miniature qu’un café traditionnel parisien. Un air de jazz. Sacha reconnut le style inimitable de Marcus Miller. Un émule de Miles. »
(p. 286) « Il écoutait le même album de Gerry Mulligan depuis des lustres, un changement serait le bienvenu. »
Dominique Sylvain maîtrise son art et ses personnages. Une auteure désormais incontournable dans le petit monde du polar, qui construit roman après roman une œuvre subtile et personnelle. Vivement le suivant !




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